La question de la gratuité de la presse en ligne agite depuis quelques mois journaux et rédactions. Le modèle économique est loin d’être évident. Les recettes publicitaires ne suffisant pas à couvrir les frais, l’idée de faire payer les lecteurs s’est peu à peu frayé un chemin dans la tête des dirigeants de journaux. Après tout, tout travail mérite salaire, n’est-il point ?

C’est Rupert Murdoch, magnat américain de l’information, et détenteur, entre autre, de la célèbre chaine de télévision Fox News qui, le premier, a jeté un pavé dans la mare. Dénonçant la gratuité des journaux sur internet, il a déclaré vouloir rendre tous les siens payants. Cette décision, annoncé début août 2009, se justifiait par la réussite économique du Wall Street Journal, l’un des nombreux titre de son empire médiatique, disponible sur internet uniquement par abonnement.

Cette annonce, particulièrement relayée dans les journaux en ligne (on devine aisément pourquoi…), a eu le mérite de poser clairement la problématique de la valeur financière de l’information. J’ai l’impression également que de nombreux éditeurs ont enfin osés, à l’instar du Monde, de Médiapart ou de Libération, faire payer leurs contenus. Pari risqué car, s’il est légitime de faire payer un service, surtout s’il est de qualité, le risque que les lecteurs préfèrent s’informer auprès de journaux gratuits n’était pas mince…

J’ai appris ce matin que News Corporation, groupe de média appartenant à notre fervent défenseur d’une presse payante, Rupert Murdoch, repoussait son projet de faire payer les lecteurs en ligne. N’est-ce pas étonnant ? Il faut dire que malgré des projections pessimistes, “News Corporation a renoué avec la croissance de ses bénéfices au premier trimestre de son exercice 2010, affichant un bénéfice net de 571 millions de dollars, en hausse de 11% sur un an et supérieur aux attentes“. Comme quoi, le gratuit, c’est pas si mal, non ?

Ayant une fâcheuse tendance à ne jamais céder à un angélisme primaire, j’ai immédiatement soupçonné un plan machiavélique :

Et si Murdoch avait sciemment incité ses confrères et concurrents à passer au modèle payant en faisant semblant de montrer l’exemple ? Cela lui aurait permis de rafler des lecteurs refusant de mettre la mains au porte-feuille pour s’informer, et par conséquent d’augmenter sensiblement ses recettes publicitaires. Ou encore, de vérifier la viabilité de ce modèle économique qu’il avait prêché, sans prendre lui-même le risque de l’essayer…

Poster un commentaire

Subscribe without commenting