Bientôt une amende pour le « client prostitueur » ? titrait aujourd’hui Rue89.

Bien que cet énième barbarisme de la nov-langue me hérisse quelque peu (qui n’entend pas le “tueur” dans cet adjectif, stigmatisant encore plus s’il en était besoin le pauvre hère en mal d’affection ?), il faut bien admettre que la prostitution, en France comme dans beaucoup de pays, est un problème qui reste à résoudre. L’on ne peut qu’être d’accord avec le fait qu’il faille combattre l’esclavage auquel sont réduites certaines prostitués. Mais n’y a-t-il pas une certaine exagération dans la façon dont se déploie un arsenal juridique pour le moins répressif ?

La prostitution est légale.

Bien que cela puisse choquer les esprits bien pensant, en France, la prostitution est légale. C’est le proxénétisme et le racolage passif qui sont condamnables (au sens premier du terme). Le travail de prostituée étant reconnu, il me parait pour le moins saugrenu de vouloir affliger des amendes à leurs clients ! Consommer de l’alcool sur la voie public est interdit, faut-il pour autant sanctionner toute personne cherchant à en acheter ? C’est tout aussi absurde !

La mission d’information sur la prostitution en France, créée en juin 2010 et réfléchissant actuellement à cette proposition de loi, n’a d’ailleurs pas pris la peine de discuter avec les principales intéressées : les prostituées. Pourtant, elles sont de plus en plus nombreuses à réclamer le droit de travailler librement.

Voici un résumé succinct, mais éloquent, des revendications du STRASS (Syndicat des travailleurs du sexe) :

Ce que nous voulons :

* Le droit de travailler où nous voulons.
* Le droit de nous associer avec qui nous voulons.
* Le droit de travailler avec qui nous voulons.
* Le droit de travailler comme nous le voulons.


Carla Bruni. Racolage passif ? Proxénétisme d'état ?


Pour mieux comprendre ces demandes on ne peut plus simple, il faut savoir que la définition du proxénétisme, en France, est singulièrement large :

En France, le proxénétisme est considéré par la loi comme une atteinte à la dignité de la personne et, à ce titre, il est puni de sept ans d’emprisonnement et de 150000 euros d’amende. Il est défini comme « le fait, par quiconque, de quelque manière que ce soit, d’aider, d’assister ou de protéger la prostitution d’autrui ; de tirer profit de la prostitution d’autrui, d’en partager les produits ou de recevoir des subsides d’une personne se livrant habituellement à la prostitution ». Potentiellement, tout(e) partenaire de prostitué(e), peut se retrouver derrière les barreaux, qu’il ou elle ait « exploité » ou non sa compagne/son compagnon.

Est également puni le « proxénétisme hôtelier », défini comme la mise à disposition d’un local commercial servant à un(e) prostitué(e). Si elle exerce chez elle, la personne prostituée peut se retrouver à la rue du jour au lendemain, le propriétaire des lieux étant autorisé à dénoncer le bail pour se couvrir de l’accusation potentielle de proxénétisme hôtelier. Pour lutter contre la prostitution (légale) dans une rue de sa juridiction, le maire du deuxième arrondissement de Paris a ainsi procédé à la distribution d’une missive « adressée aux cent soixante-neuf propriétaires des logements implantés […] et recensés par le cadastre. » De quoi faire réfléchir les propriétaires qui ont jusque-là laissé faire, ou qui, de bonne foi, faute de surveiller les sous-locations éventuelles, abritent de telles activités… Cette loi destinée à protéger les personnes prostituées est utilisée pour les condamner : en cas de colocation ou de sous-location, le législateur n’hésite pas à considérer qu’il y a proxénétisme hôtelier. wikipédia.

Je suis particulièrement choqué par la façon dont les prostituées sont traitées en France. Y a-t-il vraiment besoin d’un tel arsenal juridique ? Certes, si l’on s’en tient à la “bonne morale” héritée d’un catholicisme pour le moins austère concernant les choses du sexe, la prostitution est répréhensible. Mais, quelles que soient les convictions de chacun, il faut bien reconnaître que la prohibition de la prostitution ne peut qu’aggraver les conditions de travail des personnes le pratiquant.

« … le corps d’autrui ne se loue pas et ne s’achète pas … », déclare Danielle Bousquet, l’une des députés en charge de ce dossier. Combien d’ouvriers font, selon cette définition, un travail que l’on pourrait assimiler à de la prostitution ?

Pourquoi le plus vieux métier du monde ne pourrait-il pas être simplement considéré comme un métier ? Je reconnais qu’il y a certainement des abus, voire des crimes. Mais les lois contre l’esclavage, la traite des êtres humains, ne suffisent-elles pas à encadrer et réprimer les atrocités qui hélas se perpétuent encore de nos jours ?

Il serait temps d’arrêter de stigmatiser une tranche de la population qui travaille, paye ses impôts, et socialement a indubitablement son importance, et de les traiter, tout simplement, comme des êtres humains.