En grande Bretagne, Ed Vaizey, ministre anglais des communications prévoie de rencontrer les FAI (fournisseurs d’accès internet) afin de mettre en place un blocage intégral des sites pornographiques. Les jeunes enfants seraient ainsi préservés de toute image propre à les choquer…

De quoi nous plaignons nous avec notre pauvre LOPPSI dont l’objectif annoncé n’est “que” (sur le volet Internet) la lutte contre la pédopornographie ? Il faut dire que les anglais avaient déjà frappé fort en la matière, censurant intégralement Wikipédia pour une pochette d’album un peu trop osée à leur goût.

Vous croyez vraiment que j'allais vous la montrer ? Bande d'obsédés !

Toutefois, cette idée fleurant bon le totalitarisme est, hélas, techniquement stupide. Croyez-vous vraiment qu’une fois filtrés les quelques centaines de milliers de sites dédiés au sexe (chiffre totalement dépourvu de fondement, mais si vous en trouvez un meilleurs, merci de me l’indiquer), il ne restera sur le net aucune image susceptible d’offenser la vue prude des futurs gentlemans d’outre-manche ? Aucune publicité un peu osée ? Une politique aussi draconienne reviendrait, si elle était réellement appliquée, à scanner et filtrer en permanence la totalité des sites existants. Sans compter le fait qu’un site, à peine fermé, n’aurait aucune difficulté à changer de nom pour contourner, au moins temporairement, cette censure. Avec un succès certain vu la difficulté qu’il y aurait à trouver de telles images.

Il faut également savoir que les sites référencés dans Google, ou tout autre moteur de recherche, ne sont qu’une infime partie du contenu disponible sur le réseau. Peer-to-peer, serveurs ftp, bit-torrent où simplement sites non indexés où avec un accès protégé, il n’y a pas besoin d’être un “hacker” pour trouver le contenu désiré. Sans compter la solution simple de passer par un proxy hébergé à l’étranger.

Au mieux, s’il adoptait une loi aussi inique que stupide, le gouvernement anglais permettrait à sa population de découvrir et d’apprendre à utiliser tous ces outils dont la majorité des internautes peu éduqués connaissent à peine l’existence. Ironie de l’histoire, c’est souvent les plus jeunes qui se familiarisent le plus vite avec la technologie, et qui donc accéderaient le plus aisément aux contenus que l’on souhaitait leur cacher !

Il s’agit, encore une fois, d’une tentative de diabolisation de l’outil internet. Échappant encore à un contrôle des gouvernements, ceux-ci tentent par tous les moyens de le museler, sans comprendre visiblement l’inanité de leurs efforts.

Je ne sais pas si en Angleterre, les kiosques à journaux présentent, comme en France, un joyeux étalage de femmes diversement dénudées à tout adolescent pré-pubère prenant la peine de regarder autre chose que ses pieds. Ou si le moindre publicitaire se sent, comme chez nous, obligé de montrer l’absence de pilosité d’une pauvre anorexique quand il a à vendre, yaourts, crédits hypothécaires ou crème à récurer… Mais il m’est avis qu’en Angleterre pas plus qu’en France il n’est difficile de trouver des images pornographiques, sans même avoir besoin d’allumer son ordinateur.

Soyons sérieux un instant. Pensez-vous vraiment que le filtrage du net puisse se faire dans vôtre intérêt ?