Apres un an d’expatriation aux Philippines, force est de constater qu’un des aspects de la culture le plus étonnant est l’utilisation faite du téléphone portable. En effet, dans un pays ou les bureaux sont encore équipés de machines a écrire, nous renvoyant allégrement dans des ambiances années 60, tant en terme de mode vestimentaire que d’équipements, il est un fait que le portable est un objet incontournable en terme de socialisation, communication, business.

En premier lieu, chaque Pinoy (philippin) possède au moins deux téléphones portables, si ce n’est trois, avec bien sur une Sim card des différentes compagnies. Ayant acquéri une agilité incomparable du pouce, il est fréquent d’observer une jeune femme textant sur deux telephones portables a la fois, dans deux langues différentes, a savoir Visaya et anglais. Bien sur, seuls les pouces travaillent car dans le même temps elle mène une discution agréable avec un charmant touriste sexuel sexagénaire blanc, sirotant une bière.

Il est fréquent de recevoir chaque matin, une prière d’un de mes contacts, ou une phrase pleine de philosophie et de sagesse. (En ce qui me concerne, la religion par téléphone, c’est comme le sexe, vain !) Des conversations entières sont menées, avec une moyenne que j’estime entre 20 et 100 textos par jours. D’ailleurs la nuit dernière j’ai fêté les 10 000 textos qu’un ami a reçus en trois semaine…ah l’amour et les maitresses délaissées !

Le portable est un véritable outil d’espionnage. Chaque épouse/maitresse/petite amie possède dans chaque bar et lieu stratégique de la ville un contact qui textera a l’arrivée et au départ du petit ami. J’en ai fait l’expérience moi-même, lors d’une de mes pérégrinations nocturnes, mon mari suivit ainsi texte après texte mon parcours au Why Not, Fantasy, Happy Fred, Tocino Country etc. (non, je ne suis pas alcoolique, en tant que propriétaire d’un bar, ce sont juste de l’espionnage des visites de courtoisies a mes ennemis concurrents.) Il va sans dire que cet espionnage intensif de la vie prive peut mener a certaines scènes particulièrement amusantes au sein des couples (légitimes ou illégitimes). Un contact de fille découvert, un texto de la maitresse lut durant les deux minutes de monsieur au toilettes, (qui servent également de cabine téléphonique pour appeler le deuxième boy-friend en cachette) et voila que l’un ou l’autre des partenaires ouvrent sauvagement le téléphone, récupère la Sim card afin de la casser en deux et si la faute s’avère plus grave, le téléphone sera broyé en mille morceaux ! Apres une scène de la sorte, une de mes serveuse prise de folie, courut a la cuisine, s’empoigna d’un couteau de boucherie et revint a la charge, salive aux lèvres, afin de trucider son amant. Il fallut la force d’une amie à la taille rugbyman pour la plaquer au sol et la contenir ; c’était très drôle !

En terme de business, il est clair que c’est mon outil de travail le plus indispensable. Je fais mes commandes de bières, de gaz, d’eau, de lait, etc. par texto. La veille d’un événement, tous mes contacts sont prévenus de la sorte et si je recherche un contact particulier, tel que dernièrement un peintre-designer, je demande a l’un de mes contact de me donner un contact et ainsi j’étends mon réseau.

Mais pourquoi un tel succès du texto ?

Les compagnies appliquent tout simplement une politique commerciale très intelligente pour booster la consommation.

Premièrement une Sim card coute 25 pesos, soit 0,35 centimes d’euro. Ensuite, il n’existe pas de forfaits a proprement dit, mais il suffit d’acheter de la recharge au sari-sari store, ouvert tard, présent a tous les coins de rue. Avec une recharge de 100 pesos (1,5 euros), un utilisateur pourra texter pendant environs une semaine avec une moyenne de 25 textos par jour. Plus de recharge ? Demande a un ami de t’en envoyer par texto. Pour cela il suffit d’écrire le numéro du receveur, plus le montant en pesos à envoyer. L’opération prend 30 secondes. Je prévois de faire un envoi massif ? Je paye 20 pesos par texto et je suis en illimite pendant 24h00. Je peux même payer un bon nombre de mes factures par texto.

Il existe un business, actif particulièrement à Manille, la capitale : une fille vole la liste des contacts d’un étranger par Bluetooth, sachant que la plupart de ses contacts seront aussi des blancs, riches. Elle envoi ensuite a tous un texto demandant deux ou cinq pesos de recharge, pour pouvoir texter ou avoir éventuellement un rendez-vous. Sur le lot, un bon nombre le feront, sachant avec quelle partie du corps la plupart des expatries réfléchissent ici. Très rapidement les sommes atteintes peuvent être de l’ordre de 500-600 pesos, ce qui représente deux a cinq jours de travail, plus de la recharge gratuite et éventuellement de nouveaux contacts intéressants en terme de prostitution « business ». Lucratif non ?

Sur ce, je vous laisse, je m’en vais abreuver quelque’ uns de mes contacts de texto politico-amicaux.

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