Par Santinele

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Oser creuser dans la merde…

…pour en retirer des diamants.

Au travers du voile

Autrement dit, “voir” pour de bon, les choses telles qu’elles sont et ajuster son attitude en fonction. C’est à partir du constat du réel qu’on peut vraiment commencer à envisager des solutions, un nouveau, un renouveau etc.

C’est une actu Yahoo comme on les connait et les aime – ou pas – qui m’a mené à cette réflexion ce soir en rentrant du Taf. Et quand je rentre, je suis pleine de doute sur ma confiance en la perfectibilité humaine. Je viens de regarder les deux délicieux extraits du reportage censuré par M6 concernant les techniques halal de McDo et de KFC sur le site de Télérama. Je me demande ce que donne le reportage en entier car les deux extraits sont prometteurs…si quelqu’un le trouve sur la Toile, qu’il fasse signe. J’adore ces visions en sous-marins digne d’une Tête de Turc de Günter Wallraff. A lire absolument, d’urgence, tellement c’est bon. Rien à voir avec le film de Pascal Elbé dont l’affiche décore les flancs offerts sans résistance des bus de Francilie et de Navarrie ces dernières semaines. Rien à voir, no way, exit the misunderstanding, keine Bewegung*…excusez mes dérapages germaniques.

Pour ma part, je suis envieuse de l’attitude franche et directe des journalistes posant des questions directes, par mail, téléphone ou en présence même des personnes-ressources détenant l’information ou bout d’information qui permettrait de reconstituer le puzzle qui, reconstitué, répond à la question du “halal or not halal” chez KFC. Et de l’hygiène et promesse d’hygiène de conservation promises par la charte McDo (en ligne d’ailleurs). Envieuse car je vois moi aussi des choses dignes d’un bon reportage sur mon lieu même de travail – Wouh Pinaise dirait Omer Simpson – et que je suis tentée de divulguer. Mais je me censure. Contrairement à ce vendeur de chez McDo qui a accepté de mettre une caméra à sa chemise pour que le reportage existe.

Non sérieusement, je ne suis pas assez jusqu’au-boutiste pour faire çà. Mais on en parlait avec un de mes collègues : faudrait que quelqu’un prennent des notes tous les jours, voire des photos de ce qui se passe à l’intérieur de notre établissement. C’est surréaliste. Et je suis certaine que c’est idem pour vous tous qui travaillez, êtes à l’école ou êtes tout simplement à la maison. Tout est surréaliste si on regarde bien. Les situations ou les choses se déroulent dans le respect, la transparence, le calme, la sérénité, l’équité…c’est plutôt rare. Mais comme c’est bon.

Le titre de l’article parle de merde. Et par merde, j’entends une “situation” ou la réalité est construite de toute pièce. Ou les apparences sont présentée comme telles à desseins, pour faire croire une certaine chose (ou plusieurs) dans un but précis. Avec un objectif défini. Les minuteurs, les “timer”, de McDo ayant pour fonction de marquer le moment ou l’on jette les sandwichs cuits depuis plus de dix minutes et pour marquer les moments où on se lave les mains, sont-ils là pour réellement servir de marqueurs de temps pour jeter les sandwichs au moment “t” et gnagna, ou tout simplement pour faire illusion que ces temps sont respectés pour mieux justement ne pas les respecter ?

Je suis scotchée de ce monde dans lequel on vit.

C’est d’un culot…

Je n’ai pas ce culot, et tant qu’il y aura des gens manquant de culot comme moi dans le sens inverse – interroger à la façon des journalistes sans pour autant en être un – çà va perdurer. Il faudrait avoir sans cesse de la présomption de culpabilité, ou du flair avec ou sans odeur, avec ou sans fumée, d’un potentiel feu brûlant du carburant de la confiance aveugle que nous avons dans les grosses structures. Je fonctionne comme çà personnellement : plus c’est gros, plus je suis découragée d’avance d’aller chercher ce qui se passe niveau rouages et fonctionnement interne. Voire niveau objectifs…soulever les jupes et naviguer en coulisses. Trop peur. Et trop amoureuse de la modération, magnanimité. Du juste milieu, de la fameuse troisième voie…

L’objectif de McDo et KFC, c’est la rentabilité à moindre coût, çà on comprend, c’est l’objectif des petites et grosses structures. Et la nôtre aussi à notre niveau individuel. Quoi qu’on en dise. Même pour ce qui ne se monnaye pas. Il y a de çà, c’est indéniable, dans nos relations avec les autres. Et pour les mammouths de la vente, toutes les ventes (armes et bouffe, en passant par les pompes, le gloss, les footballeurs, les cahiers et les articles sado-maso), c’est idem. Faut que çà fasse du fric, faut rentabiliser les investissements. Et les individus qui croient en ce système, que ce soient les responsables de structures ou les acheteurs, le font vivre et perdurer. Quoi qu’on en dise…

Bref.

Si j’avais les cojones ou les ovajos de me positionner clairement face à mon employeur actuel en dénonçant, en racontant, en portant une caméra-cravate au taf (rien que pour vous puissiez voir la tronche de ma chef des chefs, çà vaut le détour), je perdrais mon taf manu militari. Je suis partagée entre rester pour voir encore et me barrer tant c’est kafkaïen de beaucoup de manières. De trop de manières. Je suis à la fois dans des situations bizarres parfois, et je vois les autres dans des situations plusqu’étranges très très très souvent. Trop.

Je rentre chez moi avec la tête farcie et j’en reviens pas. C’est trop. C’est trop.

Beaucoup d’entre nous pourraient en dire sur leur taf, là où on passe le plus clair de notre temps, la partie la plus ensoleillée de la journée. Et s’il ne fait pas beau, on se console car au moins on est pas dégoûté d’avoir raté une belle journée. Mais nos insurrections de consciences ne vont pas plus loin, jamais vraiment. En tout cas pas la mienne ! Si on était payé – si moi j’étais payée, ahlalala comme je serais courageuse et militante ! – pour aller demander des comptes à qui de droit, payé pour ouvrir les portes des bureaux, fermement et avec l’assurance l’on ne perdrait ni la vie, ni le fric, ni la sécurité individuelle ou familiale (surtout) qui tient souvent à un fil, ben ce serait plus aisé. Ce serait reconnu, officiel qu’on est là pour faire office de mauvaise conscience, de mouche du coche…

Je suis hyper envieuse de Nicolas – son pseudo – le mec de chez McDo (cf vidéo sur le site de Télérama) qui a accepté de mettre la caméra à sa chemise pour qu’on puisse voir et entendre le vécu interne de la charte de qualité de l’enseigne. Je suis envieuse d’une telle audace. Parce que je ne fais que penser et écrire des article sur le Glob, c’est vrai. C’est super vrai. Mais j’ai envie de plus.

Pas vous ?

Moi je sens que le bouchon va bientôt sauter…psshit et pof !

*Pas un geste (sous entendu “ou je tire”, en allemand, j’adore l’allemand)

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2 commentaires

  • George (169 comments), le 6 avril 2010

    Très bon article, et très juste je trouve.
    C’est dans ce genre de cas que l’usage d’un pseudo peut se justifier à mon avis.
    Pour pouvoir dénoncer ce qui nous écoeure sans pour autant prendre le risque de perdre son emploi quand on y tiens. Ce n’est certes pas l’idéal et chacun se rêve peut-être justicier, mais parfois, le masque a du bon je suppose.

  • Santinele (81 comments), le 6 avril 2010

    Wow
    ———————–
    J’ai pas précisé de quels “diamants” il s’agit : nous mêmes. Je suis désolée – pas du tout en fait – de le dire mais nous sommes précieux, plus précieux qu’un diamants ou quelconque caillou de valeur. En affrontant ce qui nous rebute même (le taf qu’on fait par exemple) on se confronte à une part de nous que l’on hait, méprise, déteste, mais connait tellement bien…qu’on se sent à la maison !
    ———————-
    Les diamants au fond de la merde reviennent à ceux qui creusent : j’espère en faire partie avec le temps ! Merde alors…
    ———————-
    Si je n’affronte pas mes “supérieurs” en frontal, j’espère pouvoir les quitter en princesse, “hors de la nuit” comme notre ami Zorral (un Zorral, des Zorraux…riez faites un effort, je vous entends et vous capte depuis mon écran). En laissant derrière moi non pas un petit goût de défaite (ne pas avoir décroché ni demandé un CDI – mais on me l’a proposé dès le début ceci étant, mé zé di nan. Parce que mon fief, c’est la Bretagne – of my love), donc je disais si je n’affronte pas mes supérieurs en frontal, j’espère vraiment, sans blabla aucun, leur laisser une pensée, impression vague, de quelque chose de différent, plus large, plus libre. Plus proches de ce qu’ils sont vraiment.
    ———————-
    Nos pensées, même si elles ne sont pas verbalisées, transparaissent et suintent. Se répandent dans l’air interstitiel qui nous sépare en apparence, des autres. Elles sont tout aussi créatrices de conséquences que nos paroles. Et oui. Certains “autres” les captent, ces pensées. Et ne s’y trompent pas (surtout les enfants et certains jeunes, voire adultes s’ils ont gardé ce sens très développé de l’enfant)….alors j’ai bon espoir de quitter mon CDD et tout le microcosme de mon taf actuel en juin, avec un goût de liberté que chacun aura envie de conquérir car je crois profondément que chacun d’entre nous a un potentiel unique, qui, exploité, n’empiète en rien sur les plate-bandes des autres alors fonçons ! devenons et soyons ceux que nous sommes, jamais il n’y aura de concurrence car nous sommes la seule et unique version de nous-mêmes : personne ne prendra notre “place”…n’est-ce pas là une grande consolation (et un pied de nez) à un quelconque esprit de compétition ??
    ———————–
    Merci M6 d’avoir fait ce reportage, de l’avoir censuré ! Sa force n’en est que décuplée !
    ———————–
    Amen…
    Amène encore !

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