sans papiers migrateurs

De retour en France. Déconnectée du monde journalistique, des habitudes de lecture, je n’ai pas suivi l’actualité française depuis 1 an. J’allume la radio. Faits-divers en boucle. Une petite fille a aidé sa mère à accoucher, un jeune s’est fait renverser pas un ambulancier soul… Sensation étrange. Sur les radios nationales, on na parle pas d’Afrique… On ne parle pas de mon deuxième chez moi. On ne parle du mal être de la terre qui palpite en nous… qu’en mots de taxe carbone et d’écologie. On ne parle de vie d’ailleurs que sur les champs de mines, derrière les boucliers des CRS, au Club Med du coin, ou près du lance-roket de l’armée verte pendant la huitième guerre mondiale…

Je suis énervée par le journal du 20h. Inconstance et lubrique provocation d’une quête de vie remplie pour cerveau abrutis…. J’ai la sensation qu’on ne parle pas vraiment de ce qui est important.

Ce soir c’est la nouvelle année. Toujours en retard comme à mon habitude, j’ai rejoint le métro avec mes deux bouteilles de vin. J’expédie les stations et pulvérise mon retard d’un revers et tends machinalement la main, sur le journal posé en arrière banquette.

J’y redécouvre les nouvelles du jour, d’une année… un combat qui me parle. Forcément il s’agit de chez moi et des gens dont j’ai appris une philosophie de la vie que l’occident n’arrivait pas à me montrer…

« Chantier Adec et Activ Interim

Le couple Infernal

Ils sont 61 grévistes, pour la plupart maliens, à occuper depuis le 12, octobre l’immeuble de rénovation du 23 rue La Pérouse (Paris 16ème), propriété de Qatari Diar (détenu par le fonds souverain de Qatar) associé à Hong Kong and Shangai Hôtels, et destiné à devenir un hôtel de luxe. Tous travaillent pour Adec, certains depuis cinq à dix ans. Pourtant tous sont intérimaires. L’intérim, c’est le cœur su système Adec.

Du flexible et du pas cher, surtout quand les intérimaires sont sans papiers et donc taillables et corvéables à merci de quoi s’afficher comme moins disant et cueillir de beaux marchés. Créée en 1998, spécialiste de la démolition, Adec n’a rien de la petite boîte artisanale.

Ses derniers comptes publiés s’affichent un chiffre d’affaire de 19 millions d’euros et un bénéfice d’exploitation de 680 000 euros. C’est l’une des filiales (à 100 %) du groupe Eve Investissement, dont toutes les sociétés ont été fondées et sont dirigées par Jérôme Longelin (annonce pompeuse du site internet). Entre filiales et satellites, le groupe est une grosse nébuleuse qui donne dans immobilité (démolition, promotion, entretien de bâtiment, investissement). Jérôme aime travailler en famille. Son frère Philippe fait partie de la direction du groupe. Et sa femme Céline, n’est autre que la patronne d’Activ Intérim où Adec puise essentiellement sa main-d’œuvre. »

Dominique Sicot – Le journal des travailleurs sans papiers en grève n°1

Plus loin je glane sur internet des petits papiers. Fâchée parce que personne ne m’a rien dit, je tourne et roule sur un paquet de luttes, d’espoir et de désespoir.

Mon écran déverse…

Et je me demande si les gens sont vaguement au courant. Si tout le monde s’en fout, si quelqu’un d’autre que la CGT et la CFDT fait quelque chose… Je m’interroge. Le jeune couple qui dort dans les nouveaux immeubles d’en face, est-il au courant que de la sueur africaine non déclarée a perlé sur leur couvre-lit à fleur ? La blonde du métro qui se remaquille est-elle au courant que les rails de nos chères stations sont nettoyés par les mains calleuses de ses fils de rêveur, que leur nez empeste le goudron chaud inhalé par manque de protection pour refaire les routes du monsieur en costard ?

De toute façon ils seraient sûrement morts de la malaria au Mali ou du sida en Afrique du sud.

Que doit-on considérer tout bien fait ?

Une main-d’œuvre moderne, pas très cher, efficace et qui mime les trois singes de la sagesse est effectivement un atout dans un pays en déclin paresseux de bras fort. Qui peut avoir honte, alors qu’on affiche en France des programmes diplomatiques pour les biens pensants de gauche à faire frémir les bons dictateurs africains ? On ingurgite des sommes astronomiques dans les programmes humanitaires. Qu’à t-on à se reprocher ? Qu’ils restent chez eux dans leur merde humaine, dans leur précarité mortifère… On est à deux petits pas, de le penser tout bas. Je provoque, mais nous n’en sommes pas loin. Dans toute cette indifférence, on oublie que c’est eux qui construisent nos routes, nos murs, nettoient nos assiettes, assainissent nos mains sales…

Cette indifférence me fait exploser de l’intérieur. Elle revient au consentement, à une sorte de normalité. Fermer nos frontières pour leur empêcher de rêver, c’est trop confortable, trop facile. Dompter et asservir. L’esclavage a été aboli, la traite des noirs aussi. Date d’anniversaire, avec la journée mondiale pour l’abolition de l’esclavage. C’était le 2 décembre. En ont-ils parlé au 20h… en même temps que la guerre en Irak ?

« Grève des travailleurs sans-papiers : l’acte II

COMMUNIQUÉ DE LA CGT ET LISTE DES PIQUETES DE GRÈVE JEUDI 22 OCTOBRE 2009

Le 12 octobre 2009, à Paris et en région parisienne, plusieurs centaines de travailleurs sans-papiers ont lancé l’acte II de leur lutte. Depuis des mois, sur consigne du gouvernement, les préfectures répondent par un silence obstiné aux nombreuses demandes de régularisation de salariés dont les dossiers ont pourtant été déposés de longue date, cet acte II était devenu inéluctable.

Soit à ce jour : 3847 grévistes répartis en 44 sites Ce mouvement de grève des travailleurs et travailleuses « sans-papiers » est soutenu par les organisations syndicales Cgt, Cfdt, Union syndicale Solidaires, Fsu, Unsa et les associations Ligue des droits de l’Homme, Cimade, Resf, Femmes Egalité, Autremonde, Droits devant, signataires de la lettre du 1er octobre 2009 au Premier ministre. Salarié(e)s sans papiers Pour une circulaire de régularisation

Dans la suite du mouvement du 15 avril 2008, plus de 1000 salarié(e)s sans papiers du nettoyage, de la sécurité, de la restauration, de la construction, de l’intérim se sont mis en grève depuis ce matin, 12 octobre 2009 dans leur entreprise ou leur secteur d’activité, pour gagner leur régularisation et l’amélioration de leurs conditions de travail.

Parmi eux, des salariés de grandes et de petites entreprises, mais aussi des salariés individuels de très petites entreprises usent de leur droit constitutionnel à la grève.

Devant les blocages persistants, l’arbitraire préfectoral et les discriminations dans le traitement des dossiers de régularisation des salariés, il faut qu’une circulaire définisse « des critères améliorés, simplifiés, appliqués dans l’ensemble du territoire national. Cette circulaire doit garantir une égalité de traitement de chaque salarié(e) quel que soit son lieu de travail et à l’intérieur d’un même lieu de travail. Elle doit définir une procédure de régularisation sécurisée et standardisée quel que soit le département ».

C’est le sens du courrier adressé à M.François FILLON le 1er octobre par cinq organisations syndicales (CGT, CFDT, Union syndicale solidaires, FSU, UNSA) et six associations (Ligue des droits de l’Homme, Cimade, Réseau Education sans frontières, Femmes Egalité, Autremonde, Droits devant). »

Syndicat Départemental de l’Eduction Nationale – Confédération Générale du Travail – http://cgt.educaction94.free.fr/spip.php?article1624

sans-papiers-manifestation2

Pour finir, en titre de rappel, je voulais raconter qu’au Mali, comme dans d’autres pays, notre cher président n’est pas particulièrement aimé, non parce qu’il refuse les africains sur son territoire (résignation oblige), mais parce qu’il est ambigu & moralisateur … mais je vous laisse juger par vous même, au regard de la qualité, graphique et picturale de notre cher et tendre M. Sarkozy, lors de son discours adressé aux africains. (Pour les plus courageux, je vous invite à lire le texte en entier)

Proles des sans papiers

Allocution de M. Nicolas SARKOZY, Président de la République, prononcée à l’Université de Dakar

Dakar, Sénégal, le 26 juillet 2007

« Je suis venu vous parler avec la franchise et la sincérité que l’on doit à des amis que l’on aime et que l’on respecte. J’aime l’Afrique, je respecte et j’aime les Africains…. »

« Oui, je veux m’adresser à tous les habitants de ce continent meurtri, et, en particulier, aux jeunes, à vous qui vous êtes tant battus les uns contre les autres et souvent tant haïs, qui parfois vous combattez et vous haïssez encore mais qui pourtant vous reconnaissez comme frères, frères dans la souffrance, frères dans l’humiliation, frères dans la révolte, frères dans l’espérance, frères dans le sentiment que vous éprouvez d’une destinée commune, frères à travers cette foi mystérieuse qui vous rattache à la terre africaine, foi qui se transmet de génération en génération et que l’exil lui-même ne peut effacer.

L’Afrique a sa part de responsabilité dans son propre malheur. On s’est entretué en Afrique au moins autant qu’en Europe. Mais il est vrai que jadis, les Européens sont venus en Afrique en conquérants. Ils ont pris la terre de vos ancêtres. Ils ont banni les dieux, les langues, les croyances, les coutumes de vos pères. Ils ont dit à vos pères ce qu’ils devaient penser, ce qu’ils devaient croire, ce qu’ils devaient faire. Ils ont coupé vos pères de leur passé, ils leur ont arraché leur âme et leurs racines. Ils ont désenchanté l’Afrique…. »

« La colonisation n’est pas responsable de toutes les difficultés actuelles de l’Afrique. Elle n’est pas responsable des guerres sanglantes que se font les Africains entre eux. Elle n’est pas responsable des génocides. Elle n’est pas responsable des dictateurs. Elle n’est pas responsable du fanatisme. Elle n’est pas responsable de la corruption, de la prévarication. Elle n’est pas responsable des gaspillages et de la pollution.

Mais la colonisation fut une grande faute qui fut payée par l’amertume et la souffrance de ceux qui avaient cru tout donner et qui ne comprenaient pas pourquoi on leur en voulait autant.

La colonisation fut une grande faute qui détruisit chez le colonisé l’estime de soi et fit naître dans son cœur cette haine de soi qui débouche toujours sur la haine des autres.

La colonisation fut une grande faute mais de cette grande faute est né l’embryon d’une destinée commune. Et cette idée me tient particulièrement à cœur. »

« Jeunes d’Afrique, la civilisation européenne a eu tort de se croire supérieure à celle de vos ancêtres, mais désormais la civilisation européenne vous appartient aussi.

Jeunes d’Afrique, ne cédez pas à la tentation de la pureté parce qu’elle est une maladie, une maladie de l’intelligence, et qui est ce qu’il y a de plus dangereux au monde.

Jeunes d’Afrique, ne vous coupez pas de ce qui vous enrichit, ne vous amputez pas d’une part de vous-même. La pureté est un enfermement, la pureté est une intolérance. La pureté est un fantasme qui conduit au fanatisme.

« Je veux vous dire, jeunes d’Afrique, que le drame de l’Afrique n’est pas dans une prétendue infériorité de son art, sa pensée, de sa culture. Car, pour ce qui est de l’art, de la pensée et de la culture, c’est l’Occident qui s’est mis à l’école de l’Afrique.

« Je veux donc dire, à la jeunesse d’Afrique, que le drame de l’Afrique ne vient pas de ce que l’âme africaine serait imperméable à la logique et à la raison. Car l’homme africain est aussi logique et raisonnable que l’homme européen. »

« Mais je suis venu vous dire que la part d’Europe qui est en vous est le fruit d’un grand péché d’orgueil de l’Occident mais que cette part d’Europe en vous n’est pas indigne

Car elle est l’appel de la liberté, de l’émancipation et de la justice et de l’égalité entre les femmes et les hommes.

Car elle est l’appel à la raison et à la conscience universelles. »

« Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire. Le paysan africain, qui depuis des millénaires, vit avec les saisons, dont l’idéal de vie est d’être en harmonie avec la nature, ne connaît que l’éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles.

Dans cet imaginaire où tout recommence toujours, il n’y a de place ni pour l’aventure humaine, ni pour l’idée de progrès.

Dans cet univers où la nature commande tout, l’homme échappe à l’angoisse de l’histoire qui tenaille l’homme moderne mais l’homme reste immobile au milieu d’un ordre immuable où tout semble être écrit d’avance.

Jamais l’homme ne s’élance vers l’avenir. Jamais il ne lui vient à l’idée de sortir de la répétition pour s’inventer un destin.

Le problème de l’Afrique et permettez à un ami de l’Afrique de le dire, il est là. Le défi de l’Afrique, c’est d’entrer davantage dans l’histoire. C’est de puiser en elle l’énergie, la force, l’envie, la volonté d’écouter et d’épouser sa propre histoire.

Le problème de l’Afrique, c’est de cesser de toujours répéter, de toujours ressasser, de se libérer du mythe de l’éternel retour, c’est de prendre conscience que l’âge d’or qu’elle ne cesse de regretter, ne reviendra pas pour la raison qu’il n’a jamais existé.

Le problème de l’Afrique, c’est qu’elle vit trop le présent dans la nostalgie du paradis perdu de l’enfance.

Le problème de l’Afrique, c’est que trop souvent elle juge le présent par rapport à une pureté des origines totalement imaginaire et que personne ne peut espérer ressusciter.

Le problème de l’Afrique, ce n’est pas de s’inventer un passé plus ou moins mythique pour s’aider à supporter le présent mais de s’inventer un avenir avec des moyens qui lui soient propres. »

« Le problème de l’Afrique, c’est de rester fidèle à elle-même sans rester immobile. »

« Le défi de l’Afrique, c’est d’apprendre à regarder son accession à l’universel non comme un reniement de ce qu’elle est mais comme un accomplissement.

Le défi de l’Afrique, c’est d’apprendre à se sentir l’héritière de tout ce qu’il y a d’universel dans toutes les civilisations humaines.

C’est de s’approprier les droits de l’homme, la démocratie, la liberté, l’égalité, la justice comme l’héritage commun de toutes les civilisations et de tous les hommes.

C’est de s’approprier la science et la technique modernes comme le produit de toute l’intelligence humaine. »

« La faiblesse de l’Afrique qui a connu sur son sol tant de civilisations brillantes, ce fut longtemps de ne pas participer assez à ce grand métissage. Elle a payé cher, l’Afrique, ce désengagement du monde qui l’a rendue si vulnérable. Mais, de ses malheurs, l’Afrique a tiré une force nouvelle en se métissant à son tour. Ce métissage, quelles que fussent les conditions douloureuses de son avènement, est la vraie force et la vraie chance de l’Afrique au moment où émerge la première civilisation mondiale. »

« La civilisation musulmane, la chrétienté, la colonisation, au-delà des crimes et des fautes qui furent commises en leur nom et qui ne sont pas excusables, ont ouvert les cœurs et les mentalités africaines à l’universel et à l’histoire. »

« Ecoutez plutôt, jeunes d’Afrique, la grande voix du Président Senghor qui chercha toute sa vie à réconcilier les héritages et les cultures au croisement desquels les hasards et les tragédies de l’histoire avaient placé l’Afrique.

Il disait, lui l’enfant de Joal, qui avait été bercé par les rhapsodies des griots, il disait : « nous sommes des métis culturels, et si nous sentons en nègres, nous nous exprimons en français, parce que le français est une langue à vocation universelle, que notre message s’adresse aussi aux Français et aux autres hommes ».

Il disait aussi : « le français nous a fait don de ses mots abstraits -si rares dans nos langues maternelles. Chez nous les mots sont naturellement nimbés d’un halo de sève et de sang ; les mots du français eux rayonnent de mille feux, comme des diamants. Des fusées qui éclairent notre nuit ».

« Ouvrez les yeux, jeunes d’Afrique, et ne regardez plus, comme l’ont fait trop souvent vos aînés, la civilisation mondiale comme une menace pour votre identité mais la civilisation mondiale comme quelque chose qui vous appartient aussi.

Dès lors que vous reconnaîtrez dans la sagesse universelle une part de la sagesse que vous tenez de vos pères et que vous aurez la volonté de la faire fructifier, alors commencera ce que j’appelle de mes vœux, la Renaissance africaine.

Dès lors que vous proclamerez que l’homme africain n’est pas voué à un destin qui serait fatalement tragique et que, partout en Afrique, il ne saurait y avoir d’autre but que le bonheur, alors commencera la Renaissance africaine.

Dès lors que vous, jeunes d’Afrique, vous déclarerez qu’il ne saurait y avoir d’autres finalités pour une politique africaine que l’unité de l’Afrique et l’unité du genre humain, alors commencera la Renaissance africaine.

Dès lors que vous regarderez bien en face la réalité de l’Afrique et que vous la prendrez à bras le corps, alors commencera la Renaissance africaine. Car le problème de l’Afrique, c’est qu’elle est devenue un mythe que chacun reconstruit pour les besoins de sa cause.

Et ce mythe empêche de regarder en face la réalité de l’Afrique.

La réalité de l’Afrique, c’est une démographie trop forte pour une croissance économique trop faible.

La réalité de l’Afrique, c’est encore trop de famine, trop de misère.

La réalité de l’Afrique, c’est la rareté qui suscite la violence.

La réalité de l’Afrique, c’est le développement qui ne va pas assez vite, c’est l’agriculture qui ne produit pas assez, c’est le manque de routes, c’est le manque d’écoles, c’est le manque d’hôpitaux.

La réalité de l’Afrique, c’est un grand gaspillage d’énergie, de courage, de talents, d’intelligence.

La réalité de l’Afrique, c’est celle d’un grand continent qui a tout pour réussir et qui ne réussit pas parce qu’il n’arrive pas à se libérer de ses mythes.

La Renaissance dont l’Afrique a besoin, vous seuls, Jeunes d’Afrique, vous pouvez l’accomplir parce que vous seuls en aurez la force.

Cette Renaissance, je suis venu vous la proposer. Je suis venu vous la proposer pour que nous l’accomplissions ensemble parce que de la Renaissance de l’Afrique dépend pour une large part la Renaissance de l’Europe et la Renaissance du monde. »

« Jeunesse africaine, vous voulez la démocratie, vous voulez la liberté, vous voulez la justice, vous voulez le Droit ? C’est à vous d’en décider. La France ne décidera pas à votre place. Mais si vous choisissez la démocratie, la liberté, la justice et le Droit, alors la France s’associera à vous pour les construire. »

« Jeunes d’Afrique vous croyez que le libre échange est bénéfique mais que ce n’est pas une religion. Vous croyez que la concurrence est un moyen mais que ce n’est pas une fin en soi. Vous ne croyez pas au laisser-faire. Vous savez qu’à être trop naïve, l’Afrique serait condamnée à devenir la proie des prédateurs du monde entier. Et cela vous ne le voulez pas. Vous voulez une autre mondialisation, avec plus d’humanité, avec plus de justice, avec plus de règles.

Je suis venu vous dire que la France la veut aussi. Elle veut se battre avec l’Europe, elle veut se battre avec l’Afrique, elle veut se battre avec tous ceux, qui dans le monde, veulent changer la mondialisation. Si l’Afrique, la France et l’Europe le veulent ensemble, alors nous réussirons. Mais nous ne pouvons pas exprimer une volonté à votre place.

Jeunes d’Afrique, vous voulez le développement, vous voulez la croissance, vous voulez la hausse du niveau de vie.

Mais le voulez-vous vraiment ? Voulez-vous que cessent l’arbitraire, la corruption, la violence ? Voulez-vous que la propriété soit respectée, que l’argent soit investi au lieu d’être détourné ? Voulez-vous que l’État se remette à faire son métier, qu’il soit allégé des bureaucraties qui l’étouffent, qu’il soit libéré du parasitisme, du clientélisme, que son autorité soit restaurée, qu’il domine les féodalités, qu’il domine les corporatismes ? Voulez-vous que partout règne l’État de droit qui permet à chacun de savoir raisonnablement ce qu’il peut attendre des autres ? »

« Parce que la France souhaite l’unité de l’Afrique, car l’unité de l’Afrique rendra l’Afrique aux Africains.

Ce que veut faire la France avec l’Afrique, c’est regarder en face les réalités. C’est faire la politique des réalités et non plus la politique des mythes.

Ce que la France veut faire avec l’Afrique, c’est le co-développement, c’est-à-dire le développement partagé.

La France veut avec l’Afrique des projets communs, des pôles de compétitivité communs, des universités communes, des laboratoires communs.

Ce que la France veut faire avec l’Afrique, c’est élaborer une stratégie commune dans la mondialisation.

Ce que la France veut faire avec l’Afrique, c’est une politique d’immigration négociée ensemble, décidée ensemble pour que la jeunesse africaine puisse être accueillie en France et dans toute l’Europe avec dignité et avec respect. »

http://www.elysee.fr/elysee/elysee.fr/francais/interventions/2007/juillet/allocution_a_l_universite_de_dakar.79184.html

7 commentaires

  • Santinele (81 comments), le 1 janvier 2010

    Tu es super en colère Mudanga…c’est clair.
    Que comptes-tu faire de la richesse que tu as d’enrichir cette face africaine de ton être ? Ecris-tu, parles-tu, fais-tu le tour des écoles ?
    J’ai écouté le discours de Nicolas Sarkozy, il est quelque part sur le Net. Il date mais il est dur à écouter. Parce qu’il est clair qu’”il ne connaît pas l’Afrique”…et ne l’aime pas vraiment.
    ————————————-
    Je ne sais pas quoi te dire, mais j’entends bien ta colère.
    Même si çà ne suffit pas.

  • Mudanga (2 comments), le 1 janvier 2010

    Je suis en colère, si l’on veut. Je crois en la colère au sens où elle est vitale pour ne pas oublier, pour ne pas s’habituer à avoir mal, pour ne pas s’anesthésier… Je vis au Mali à mi-temps et y travaille, y fait des choses, y construit comme je peux, apporte et reçoit. J’aime ce pays, malgré sa dureté, malgré sa violence de la pauvreté, parce qu’il y a la vie, parce que les hommes m’y apprennent le respect, parce qu’il y a des choses magnifiques… Mais les réalités sont parfois brutales et violentes et ce qui se passe en ce moment en France me fait honte. Honte de notre terre d’accueil, de nos instincts de propriété et de pouvoir, honte de notre mutisme et notre fausse rébellion…

  • Santinele (81 comments), le 1 janvier 2010

    Alors continue.
    Et continue d’écrire des posts comme ceux-là.
    Moi j’en ai besoin, je connais pas vraiment l’Afrique, et j’aimerais bien, mais j’ai un peu peur…
    Merci à toi !

  • Santinèle (81 comments), le 2 janvier 2010

    Je viens de regarder la vidéo que George a mis dans son article, puis lu le commentaire de Marmotte…çà fait écho à ton article à toi.
    Mudanga, George et Marmotte.
    Tous sensibles à ce qui se passe.
    Tous les trois acteurs-spectateurs dans ce monde.
    Sans parler de moi et de TOUS les autres.
    En regardant la vidéo de l’article de George j’ai été convaincue et touchée par le message. Mais en lisant le commentaire de Marmotte, mon jugement s’est trouvé éclairé d’une autre manière.
    C’est la beauté de la liberté d’opinions et de la diversités de points de vue, puisque nous sommes chacun de petits observatoires ambulants.
    Mais je peux pas m’empêcher de penser, de chercher s’il n’y a pas quelque chose qui fédère, un truc très ancien qu’on sait tous et que personne n’a besoin de nous rappeler. Un truc inscrit au fond de nous depuis toujours.
    Un savoir vivre-ensemble que connaît mais dont on a perdu le bout du fil en route.
    Pour moi, nous disons tous la même chose.
    Je ne peux pas m’empêcher de le penser.
    Même si pour le moment je ne suis pas capable de m’expliquer plus clairement…
    —————————————————
    (attention jet de tomate en perspective après un commentaire aussi vague que celui-ci…)
    —————————————————
    J’ai posté ce commentaire à ton article car tu es je crois, de nous tous qui postons articles et commentaires, celle qui passe le plus de temps en dehors de notre “réalité”, celle dont parle Marmotte.
    T’en penses quoi toi ???

  • Mudanga (2 comments), le 2 janvier 2010

    Que dire, chacun à sa manière on est là. Dedans ou dehors, ce qui compte c’est d’être ici et ensemble aussi

  • barbemusicale (28 comments), le 3 janvier 2010

    Je trouve le discours de sarko est joliment démagogue. Il y a dans beaucoup de passages des idées qui sont très séduisantes, le problème c’est qu’il y en a d’autres qui sont douteuses voir nauséabonde, et quand on voit où il veut en venir, c’est assez inquiétant.

  • Sonynkara (1 comments), le 1 février 2011

    J’ai été très touché par ce post et je trouve tout à fait honorable d’utiliser la colère pour ne pas s’habituer à avoir mal. L’Afrique peut et doit trouver sa place dans la mondialisation et elle ne doit pas rester la grande oublié de ce siecle. Sa jeunesse grâce aux nouvelles technologie doit pouvoir se mobiliser et se rassembler pour une révolution noble qui est un nouvel ordre mondial juste et équitable. Qu’elle ne soit plus la proie de prédateur du monde entier.
    Ce que je trouve choquant dans le discours de Sarko c’est bien évidemment sa phrase :”L’Afrique n’est pas assez rentré dans l’histoire” en oubliant sa mobilisation pendant les grandes guerres mondiales et son passé ancestrale bafoué par la colonisation et j’en passe.Mais ce qui me choque le plus c’est le fait de sous entendre qu’il n’y a pas de prise de conscience de sa population et que sa jeunesse se laisse vivre. Voilà encore des commentaires de sa part sans aucunes analyses. Il devrait savoir que cette prise de conscience et bien présente et qu’il ne reste pour sa jeunesse qu’une mobilisation forte qui commence enfin à émerger avec la révolution Tunisienne et Égyptienne qui je l’espères après s’être libéré de la dictature de leur pays fera echos à travers l’Afrique pour construire une mondialisation plus juste.

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