Par Barth

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Clearstream, un procès politique ?

Si l’on veut réduire l’affaire Clearstream à un duel Sarkozy/Villepin, qui a une autre époque se serait réglé dans le pré, on ne peut pas pour autant considérer qu’il s’agisse d’une affaire purement politique.

Je dis ceci en réponse à l’excellent article de mon acolyte George sur le même sujet. Que l’affaire qui oppose aujourd’hui les deux hommes soit l’occasion d’un réglage de comptes, je n’en doute pas, mais je ne crois pas un instant que notre président cherche de la sorte à écarter un prétendu adversaire politique.

Le duel politique a déjà eu lieu…

Si on n’entend plus beaucoup parler de Villepin depuis quelques années, c’est bien parce que Sarkozy lui a cloué le bec à la veille des élections présidentielles de 2007. A cette époque l’enjeu politique était réel, et celui qui était présenté comme le dauphin de Chirac, opposé à Sarkozy (alors ministre de l’intérieur), s’est pris les pieds dans le tapis de Clearstream, laissant la place libre pour la course à l’élysée de son actuel occupant.

Une guerre d’image…

Tout oppose ces deux hommes depuis le début (Dois-je vous rappeler que ce n’est pas la taille qui compte…).

clearstream

Le premier (de Villepin) n’a jamais été élu, diplomate sorti de l’ENA, il ne doit sa carrière politique qu’à des nominations récompensant une magnifique prestation d’aristocrate républicain.

Le second est un avocat buisness-man ambitieux qui a su séduire les puissants de ce monde pour arriver à ses fins : prendre le pouvoir en donnant l’image d’un débat d’idées… d’une rupture ?

Bon d’accord, c’est un peu bonnet-blanc et blanc-bonnet, mais c’est bien la culture et les méthodes associées qui distinguent les deux hommes… La tradition de la droite républicaine contre la rupture de la droite décomplexée en quelque sorte ! Et il y a comme un goût de déjà vu non ? En tout cas, ce qui est sûr, c’est qu’on va encore beaucoup entendre parler du président français, et pas seulement en France…

Une affaire d’état ?

La question en fait, n’est pas de savoir qui est coupable entre Villepin et Sarkozy – là-dessus je rejoins tout à fait George pour dire que c’est gagné d’avance – mais bien plus de connaître si oui ou non un homme politique français dans l’exercice de ses fonctions a utilisé l’appareil d’état (les RG en l’occurence) pour servir ses ambitions personnelles.

Cette dimension de l’affaire est incontournable quand on creuse un peu le dossier pour arriver sur celle des frégates de Taîwan… L’histoire politique française est jalonnée d’affaires de corruptions (ni plus ni moins que dans d’autres pays je pense…), mais les valeurs qui fondent notre nation devraient rendre plus évident la transparence sur ce genre de problèmes.

Et c’est là que l’affaire se corse vraiment, du fait qu’un des intéressés se présente en qualité de chef d’état dans l’exercice de ses fonctions, c’est à dire garant de l’indépendance de la justice.

Une question politique au niveau constitutionnel

Si ce procès doit déterminer qui a commandité la fameuse liste de noms et dans quel but, il va sans dire que la présence comme partie civile du président de la république, garant de l’indépendance de la justice, et bénéficiant de l’immunité présidentielle pose quelques questions sans précédent dans l’histoire de la justice française.

Un tel procès est à la fois le signe d’un changement, d’une rupture dans la tradition de silence et de secret défense propre aux scandales de l’état, et révèle dans le même temps les limites constitutionnelles de la relation entre la justice et le pouvoir présidentiel d’une cinquième république que beaucoup trouvent trop vieille…

Une stratégie obscure

Difficile donc, de comprendre ce qui peut pousser Sarkozy à se constituer partie civile dans une telle affaire, et au vu des fonctions qui sont les siennes. L’histoire nous le dira sans doute…

Mais en attendant, les années de procédure engloutissent des millions d’euros et le temps précieux de nombreux magistrats, pour nous servir une nouvelle version de la vérité… Une parmi tant d’autres…

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