Avant de rentrer dans le vif du sujet, permettez-moi de souligner le manque d’intérêt manifesté par la presse française à l’égard d’un événement majeur en Europe: les législatives en Allemagne. Je suis profondément déçu. Certes, l’Allemagne ce n’est pas l’Amérique, certes Angela Merkel n’a pas le charme d’un Obama. Mais à l’échelle européenne, la vie politique allemande est cruciale et il me semble fort dommageable que les français n’y portent qu’un intérêt secondaire. Quelques articles clairsemés sur le sujet la semaine dernière pour les principaux quotidiens, demain plus personne n’en parlera. Avons-nous oublié que le couple franco-allemand est déterminant dans l’équilibre européen et mondial?

Hier soir donc, pour ceux qui n’étaient pas au courant, la réelection de Merkel n’était une surprise pour personne. Cependant le doute subsistait quant au parti qui formerait avec les conservateurs (CDU/CSU) la coallition de gouvernement. Le résultat est sans appel et ce sont les libéraux qui gouverneront avec les chrétiens démocrates, ce qui met fin à la coallition avec le SPD, équivalent du PS français. Plus simple: la droite a gagné, la gauche a perdu, exit la grande coallition au centre.

Quelles sont les causes de la défaite du SPD?

L’électorat de ce parti de gauche se trouvait essentiellement dans les classes ouvrières, ce qui, a priori, n’est pas incohérent. Aujourd’hui le monde ouvrier n’existe quasiment plus, tout du moins il n’a plus la même importance qu’avant, donc il y a moins d’électeurs pour le SPD. En outre, changement climatique oblige, les verts séduisent une bonne part du public de gauche (un peu comme en france avec europe écologie). Mais la cause principale de l’échec du SPD se trouve certainement dans  sa politique mise en oeuvre avec Merkel; comment comprendre qu’un parti de gauche accepte de voter des mesures anti-sociales comme la réforme des retraites, ou encore la disparition de ce qui correspondait au RMI français. Beaucoup d’allemands ont certainement été très déçus par ces réformes et n’ont pas jugé le programme des socialistes crédible, puisqu’en opposition complète avec ce qu’ils avaient fait pendant 4 ans au gouvernement.

Les abstentionnistes et Die Linke:

D’autre part, comme dans toute élection et c’est regrettable, la majorité des déçus viennent grossir les rangs des abstentionnistes, et il furent plus nombreux que jamais hier en Allemagne: 17 millions, soit près de 30%. Quant à ceux qui, déçus par le gouvernement, ne renoncent pas pour autant à aller voter, bon nombre (12,5%) ont opté pour Die Linke, le parti d’extrême-gauche (allié au front de gauche français au parlement européen). Les Linke, issus d’une fusion entre deux partis l’un à l’est (ex-parti communiste) l’autre à l’ouest, étaient les seuls à proposer le retrait des troupes allemandes aujourd’hui sur le sol afghan. Ils étaient aussi les seuls à proposer une politique véritablement sociale (salaire minimum de 10 euros/heure par exemple). Bénéficiant du talent oratoire de leur leader Oskar Lafontaine (dissident du SPD et inspirateur de Jean-Luc Mélenchon, lui-même dissident du PS), ils ont réussi le pari de l’unité à l’extrême gauche. Si le front de gauche, le NPA de Besancenot et Lutte ouvrière avaient fait le choix de l’union lors des européennes, ils serait arrivés sensiblement au même résultat.

Le sinistre de la gauche en europe:

Dimanche dernier les norvégiens ont reconduit le gouvernement de centre gauche. Dimanche prochain c’est au tour des grecs de choisir leur gouvernement, et d’après les sondages, les socialistes devraient l’emporter. Il en est de même pour le Portugal où le premier ministre Socrates devraient garder la main lors des prochaines élections. Mais tout cela n’empêche pas la droite d’être largement majoritaire en Europe, en témoigne les dernières élections au parlement européen.

De plus, combien de ces gouvernements dits de gauche appliquent une politique franchement libérale, privatisant les services publics et réduisant les aides sociales? En outre, force est de constater que les gouvernements de droite sont de plus en plus à droite, il n’y a qu’à voir notre cher Sarkozy ou encore son homologue Italien Berlusconi.

Bilan: malgré la crise du libéralisme financier, la gauche n’a pas beaucoup d’espoir devant elle. Mais rien de plus logique me direz-vous; lorsque les classes moyennes (majoritaires en Europe) sont dans la merde, promettez-leur des baisses d’impôts, aujourd’hui c’est plus vendeur que les aides sociales auxquelles elles n’ont pas droit. Pour les classes populaires (majoritairement abstentionnistes…), prônez un volontarisme à outrance (du type: celui qui dans la merde c’est de sa faute, celui qui est milliardaire, il le mérite), ça fait plus rêver qu’un idéal de redistribution des richesses (robin des bois de toute manière, ça n’existe que dans les contes pour enfants). Et pour les riches, de toute manière il votent toujours à droite par tradition. Donc autant être de droite si on veut faire carrière en politique. Si comme moi vous êtes plutôt de gauche vous trouverez de l’aide ici.

Un commentaire

  • Johan (38 comments), le 28 septembre 2009

    Merci pour cet article très intéressant. J’aime beaucoup le lien à la fin :)

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