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Il n’y aura pas de révolution française

Iran, Tunisie, Egypte, les révolutions se suivent, et chacun de nous, bien au chaud derrière notre petit clavier, suivons avec intérêt ces mouvements épiques. Sur Twitter, chacun y va de son encouragement en 140 caractère, rediffuse une vidéo d’une manifestation sanglante, s’indigne des coupures internet à répétition, de la violence des affrontements…

Combien de fois n’ais-je pas vu les réactions admiratives d’internautes face aux courages des manifestants des pays arabes? Combien de fois ais-je moi-même participé à cette euphorie collective en apprenant qu’un dictateur se voyait détrôné ? Sur ce blog, j’avais, moi aussi, l’illusion de participer à une révolution en informant de ce qui se passait dans ce pays, relayant les messages affublés du hashtag #IranElection. Comment ne pas voir dans cette sympathie éprouvée par l’ensemble de la jeunesse mondiale à l’égard des révoltés et révolutionnaires de pays arabes un profond besoin de réagir aux injustices que tout le monde ne peut que constater ?

La démocrature, ersatz nauséabond de la démocratie semble s’étendre de jour en jour. Tout particulièrement en France. Qui pourrait dire qu’il n’a pas pensé, au moins de manière fugitive en voyant des dictateurs chassés par leur peuple, que peut-être, un jour, en France… Ben Ali, dehors ! Moubarack, dehors ! Sarkozy, dehors ! Dictateurs de tous pays, dehors !

Que les amalgames sont faciles… Et comme il est réconfortant de voir, sur son écran, un peuple reprendre le pouvoir. D’avoir l’illusion de l’aider en dénonçant sur Twitter, Facebook, dans son blog, les exactions commises par sa police, son gouvernement, ou encore expliquer comment contourner les censures du net mises en place par un pouvoir apeuré.

Un corrélation me semble évidente à faire entre censure du net et soulèvement populaire. Iran, Egypte, Tunisie, tous ont connus la censure, voire la coupure complète des réseaux de communication. En France, Hadopi, Loppsi, Acta, pressions sur les journalistes, imposent de faire un parallèle avec ce qui se passe de l’autre côté de la Méditerranée.

La violence des affrontements dans les pays arabes est choquante. Mais elle peut également rappeler celle dont les CRS font preuve envers les manifestants français. Après tout, n’est-ce pas la France qui proposait à la Tunisie des leçons de répression gestion des foules ? Ou plus simplement qui ignore des manifestations rassemblant plus de 3 millions de personnes ? Qui traite ses opposants politiques comme des criminels ?

Malgré tout, il n’y aura probablement pas de révolution française.

Parce qu’en France, même si les journalistes subissent des pressions, ils ne se font pas mettre en prison. Parce que les opposants politiques ont beaux être menacés, ils ne demandent pas pour autant l’asile politique à l’étranger. Mais, surtout, parce que nous ne sommes pas prêt à mourir pour des idées !

L’on oublie trop facilement que le déclencheur de la révolution tunisienne a été l’immolation d’un homme. Que cet exemple a été contagieux (ah, la contagion révolutionnaire, quel beau concept !). Que les policiers tiraient à balles réelles (faute d’avoir reçu les grenades que la France devait leur livrer ?). Y a-t-il vraiment, en France, suffisamment de personnes assez désespérées pour s’immoler ?

Bien au chaud derrière nos claviers, nous cyber-manifestons. Eventuellement nous nous déplaçons, et parfois, même, nous votons. Ou pas… Mais “rappelons d’entrée que les révolutions en question ne sont ni de coton, ni de twits, ni de jasmin. Elles font des morts.Seb Musset .

Les peuples arabes sont des peuples jeunes. Ils ont l’avenir devant eux, et osent se révolter. Nous sommes un peuple de vieux. Voilà toute la différence.