Il y a quelques jours le Parti Socialiste dévoilait son programme, son énoncé m’a fait bondir. Ce qui m’a choqué ce n’est pas tant que le PS ne semble toujours pas assimiler les principes de la Vème république en présentant son programme avant de choisir son candidat, ni le recyclage des emplois jeunes ; la cause de mon indignation est un simple chiffre celui de 2,5 % de croissance du PIB par an prévu par le PS pour financer ces mesures.

Quiconque a regardé un tant soit peu l’historique de la croissance en France sait que cette prévision est hautement irréaliste, et ce pour trois raisons essentielles.

La première, est que l’on a pas atteint ces chiffres depuis 2000 (1).

Deuxièmement, la croissance en France est gonflée par la hausse des prix de l’immobilier qui ont doublé depuis dix ans (2) et rentre pour 20 % dans le calcul du PIB (3) alors que le commerce extérieur se porte mal. Or, si la première tendance est temporaire, en revanche, la seconde paraît durable.

Troisième point, l’endettement de l’État pèse sur la croissance, si on en croit Olivier Delamarche (4) un endettement au dessus de 90 % coûte 1% de croissance et justement ces 90% d’endettement pourraient être atteints d’ici 2012.

La simple accumulation de ces trois facteurs démontre à quel point la prévision de 2,5 % est imprudente dans un contexte économique stable (sans parler des prévisions les plus pessimistes).

Je me souviens qu’en 2007 Nicolas Sarkozy avait déclaré qu’il irait chercher la croissance avec les dents…

Preuve est faite qu’elle n’apparait pas par décret.

Que penser de cet excès d’optimisme? Peut être à cette phrase prononcée par Georges Clemenceau à l’occasion de l’élection du Président de la République par le Congrès: « Je voterai pour le plus con. ». Assurément je porterai, en accréditant un tel programme, sinon la bêtise, pour le moins l’incompétence au pouvoir.

Seulement si je crois à la bêtise et à la naïveté en politique je l’exclu provenant de personnages ayant fréquenté Sciences Po et l’ENA, qui ont lu entre autres, Bodin, Marx, Weber et passent une bonne partie de leur existence en compagnie de conseillers en communication à analyser des sondages qualitatifs.

Pour trouver la naïveté en politique il suffit d’inverser la phrase de Clemenceau pour entendre celle d’Henri Queuille: « Les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent. ».

Poursuivre sur les politiques serait sacrifier d’avantage aux lieu communs, tant le comportements des politiciens observés ces temps-ci sont caricaturaux ; d’autant que les questions les plus porteuses concernent la réaction des électeurs.

Car si la démagogie est détestable, elle constitue néanmoins un contrat tacite accepté par les deux parties.

Cherchez les fondements de cet accord me semble capital, tant la compréhension du phénomène peut amener les citoyens vers une « maturité démocratique ».

Le problème centrale réside, il me semble, dans les difficultés d’intégration du concept de démocratie, qui se cristallisent dans la propension aux excès utopiques.

Ces excès portent préjudice au réel, or son exclusion constitue un l’abandon de fait du principe démocratique qui institue un État fondé sur la limitation du pouvoir, quand les Gouvernement des sociétés autoritaires ne reconnaissent que peu voire aucune limite au leur.

Le périmètre d’action des souverains est loin de se limiter à un cadre juridique, d’ailleurs ce cadre n’est que l’énoncé des règles du jeu, il importe d’avantage de se pencher sur les fondements philosophiques et psychologiques du pouvoir.

Les sources de légitimités des états autoritaires sont d’ordre extra humaines (religieuses ou utopiques),dans ces sociétés l’idéal à atteindre surpasse les aptitudes humaines, il est soumis à une dimension supérieure qui dépasse sa nature.

La légitimité démocratique est contractuelle, elle repose sur l’accord des volontés, la société est à l’échelle humaine « le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple ».

Dans une société autoritaire le pouvoir se vit comme extérieur alors qu’il est propre aux individus dans un démocratie.

Le deni de réalité joue contre la démocratie en empruntant une représentation du monde typique des sociétés autoritaires, de plus il place les démagogues au dessus des citoyens et déplace par conséquent le peuple à la périphérie du pouvoir.

Un enjeu tout aussi important dérivant de la question précédente repose sur la mise en œuvre des bases éducatives, culturelles, et informatives assurant aux citoyens une réelle capabilité démocratique.

Cette capabilité permettrait d’opérer une pression sur les institutions politiques autre que les élections ou les manifestations comme, par exemple, un comité politiquement neutre qui dénoncerait les prévisions fantaisistes des programmes électoraux et les recentrait sur les moyens réels.

« …S’ils arrivent au trône par des moyens divers, leur manière de régner est toujours à peu près la même. Ceux qui sont élus par le peuple le traitent comme un taureau à dompter… »

«Les tyrans ne sont grands que parce que nous sommes à genoux.»

Etienne de la Boétie, Discours de la Servitude Volontaire (1549)

Sources:

(1) Le PIB et la croissance

(2) http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Indice_insee_t3_2010.svg

(3) http://auxinfosdunain.blogspot.com/2010/09/poids-de-limmobilier-20-du-pib-francais.html

(4) à 4 min 25 sec

http://www.dailymotion.com/video/xgmpqd