Force est de constater que cette question ne trouve pas de réponse dans tous les cerveaux, un grand merci à tous les journalistes des principaux médias nationaux qui effectuent depuis quatre mois un travail admirable de désinformation. Cependant, je crois pour ma part que ce refrain du méchant journaliste manipulateur à la solde d’un pouvoir dictatorial en appelle un autre, à mon sens plus constructif: à partir du moment où l’on postule que les médias ne sont pas objectifs et omettent sciemment les informations pertinentes pour l’esprit critique, il convient alors de s’informer soi-même, ce qui est devenu largement possible depuis l’émergence du web et de la globosphère. Chacun a ses filons en fonction de ses sujets de prédilection. En ce qui concerne le mouvement de contestation du monde universitaire il existe un certain nombre de sites de référence, en voici une liste non-exhaustive:

un site qui répertorie tous les articles intéressants sur la question
le blog de référence
un autre site…
encore un, plus axé littérature
celui d’une association qui lutte depuis 2004 pour la recherche
et un dernier blog

Maintenant que tout bon lecteur du Glob de Bargeo est en capacité de s’informer en détail sur la question, je me contenterai d’écrire une synthèse subjective, sachant que peu d’entre vous prendront réellement la peine de lire ne serait-ce qu’un article par site conseillé.
Le 22 janvier 2009, la coordination nationale des universités (CNU) regroupant des délégués de quarante-six universités a voté les deux motions suivantes:

Motion n°1 :
La coordination nationale réunie ce jeudi 22 janvier 2009 condamne la mise en place d’une politique d’affaiblissement structurel de l’enseignement et de la recherche, la précarisation des personnels de toutes catégories, notamment au travers de l’individualisation des carrières, de la mise en place du nouveau contrat doctoral et des suppressions d’emplois, exige le rétablissement des postes supprimés, un plan pluriannuel de création d’emplois statutaires dans les universités et les grands organismes de recherche, et soutient les mobilisations en cours.
Elle déclare que si le ministère ne retire pas, sans préalable :
1) le projet de décret sur le statut des enseignants-chercheurs
2) la réforme de la formation et des concours de recrutement des enseignants du premier et du second degré
l’université française se mettra en grève totale, reconductible et illimitée : le 2 février 2009 l’université s’arrête.
Unanimité moins 3 voix contre

Motion n°2 :
La coordination nationale a également voté l’appel immédiat à la rétention des notes, la non transmission des maquettes de formation des enseignants du premier et du second cycle et le soutien aux mouvements de grève qui ont déjà commencé ainsi que l’appel au renforcement de la mobilisation dans tous les établissements.

De telles déclarations témoignent d’un état d’exaspération sans précédent. Le même jour, Sarkozy prononçait un discours méprisant pour la recherche française, visiblement peu soucieux de prendre en compte les nombreux ultimatum qui esquissaient depuis longtemps déjà les crispations que nous connaissons aujourd’hui. Depuis le 2 février aucune concession sérieuse n’a été obtenu du gouvernement: en ce qui concerne le décret modifiant le statut des enseignants-chercheurs, de petites virgules ont été déplacées pour faire figure de bonne foi, et la réforme qui touche à la formation et au recrutement des enseignants du secondaire a été reportée d’un an.
Depuis le 2 février la grève des cours est reconduite dans de nombreuses facs, des blocages ont toujours lieu, une bonne dizaine ne pourront organiser d’examens, faute de contenu disciplinaire à évaluer. Le bras de fer se poursuit malgré le chantage et les menaces des ministres qui se montrent jour après jour de plus en plus irresponsables et qui semblent ne connaître que le rapport de force et la répression policière. Dans certains cas le sentiment d’avoir tout perdu se conjugue à une amertume profonde. La crise qui a été amorcée se poursuivra avec certitude dans les années qui viennent. Beaucoup de chercheurs postulent à l’étranger où la situation est un peu moins catastrophique. Beaucoup d’étudiants ont appris ce qu’est le militantisme politique.
Pour avoir participé activement à la mobilisation de ma fac, je suis dans un état d’épuisement permanent et je ne suis pas en mesure d’établir un bilan positif de la situation. Trois mois de grève, de blocages, de réunions, de négociations avec l’administration, de manifestations, peut-être une trentaine d’assemblées générales avec le travail de préparation que cela suppose, un chiffre exorbitant de tracts rédigés, imprimés puis distribués, et je ne parle pas du nombre d’heures passées derrière mon pc à lire la presse…
Tout cela pour rien! En face, que du mépris des mensonges, des matraques et des lacrymos. Voilà pourquoi les enseignants-chercheurs et les étudiants sont toujours en colère.

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