retour-a-la-normaleTout est bien qui finit bien. Les derniers îlots de la contestation sont tombés; les assemblées générales de Paris I, III et IV, ont choisi la voie de la raison et ont voté la levée des blocages et la reprise des cours afin de passer des examens en juin. Seuls subsistent ça et là quelques jusque-boutistes qui continuent de croire en une validation automatique du semestre et poursuivent la grève comme à Toulouse II. Quand aux fêlés qui ont entamé une grève de la faim, ce n’est pas grave, ils n’empêchent personne de travailler. Et puis après tout, s’ils finissent par mourir, ce n’est pas pour tout de suite, ça laisse de la marge, d’ici là on aura complètement oublié la « grogne » des universitaires qui, ma foi, n’aura jamais durée que seize semaines.

Certains vont sans doute être surpris du choix des universités parisiennes. Georges Molinier (président de la Sorbonne) n’était-il pas l’un de ces virulents contestataires qui défilait dans la rue avec les étudiants et appelait à durcir et amplifier le mouvement? Eh bien justement! Figurez-vous que depuis quelques jours d’incessants coups de fil du ministère le menacent d’une destitution de ses fonctions s’il ne fait pas appel aux forces de l’ordre pour permettre la bonne tenue des examens. Et qui dit destitution dit mise sous tutelle du rectorat. L’équation d’un président d’université est simple: soit je suis d’accord avec le gouvernement et, satisfait par la LRU qui me donne les plein pouvoirs, j’envoie les CRS si mes étudiants bloquent l’université. Soit je suis contre la LRU parce-que je crois que la collégialité fonctionne mieux que le diktat d’un seul, je soutient le mouvement de contestation, mais je n’ai le choix qu’entre obéir aux ordres du cabinet ministériel et être viré. C’est sans doute cela que l’on appelle « l’autonomie » des universités…

Les étudiants auront donc la joie d’être évalués sur la base de trois ou quatre semaines de cours à la place de douze pour que les diplômes ne soient pas… dévalorisés. Les professeurs le disent unanimement, il n’y aura pas d’injustice, il est hors de question de pénaliser les étudiants, mobilisés ou non, tout le monde aura la moyenne (ça c’est du diplôme de qualité!). L’essentiel est qu’il n’y est aucun scandale, la presse doit pouvoir titrer « déblocages des facs », « reprise des cours », « les examens ne sont pas compromis ».

Finalement tout est rentré dans l’ordre alors que le gouvernement n’a rien cédé.

Amis français, réjouissez-vous, mai 2009 ne sera pas une redite de 68. La convergence des luttes tant espérée n’a pas eu lieu. Les grognons n’ont qu’à bien se tenir, manifester ne sert à rien, faire grève ne sert à rien, voter ne sert à rien (puisque droite et gauche c’est la même chose), alors autant faire la fête et se préoccuper de son épanouissement personnel. Buvez camarade, laissons Sarkozy faire son travail, nous aurons bien le temps de faire la révolution demain, ou après-demain… Après tout, nous ne descendrons dans la rue que quand tout le monde y sera.

Bon, ça c’était la complainte ironique du retour à la normale. Comme si tout était fini. Mais je pense que la partie n’est pas encore jouée. Quid de la rentrée de septembre? Quid de l’explosion du chômage dans les mois qui viennent? Malgré les apparences, la cocotte-minute est sous pression. Tout vient à point à qui sait attendre.

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