Il y a sur cette planète des artistes de talent qui, de par leurs actions et réalisations, ont maintes fois conquis des publics internationaux. Ils sont ces artistes engagés qui rassemblent, qui éclairent sur les réalités vécues par leurs pères et leurs pairs. Ils sont chanteurs de reggae, de rap ou de hip-hop engagé. Ils sont acteurs et intellectuels ; ceux dont je parle ici exhortent à la paix, à la conscientisation, à la réflexion universelle. Ils s’appellent par exemple Amkoullel, Ramsès ou Sam’Ska le Jah.
Il y a aussi des publics qui les attendent, qui les entendent et qui s’abreuvent de leurs exemples.
Et puis il y a des bureaucrates, des diplomates et des gratteurs de papiers… Ce sont ceux-là qui décident si les artistes peuvent voyager, en apposant, ou non, leur approbation sur un passeport…
Quand ces artistes viennent d’Afrique, le problème est augmenté : nous sommes encore à l’ère de la fermeture des frontières, de la crainte de l’autre, du contrôle de l’immigration. Les bureaucrates ont plein d’exemples dans leur sacoche pour refuser le visa : près d’une dizaine d’africains ont disparus dans la nature lors des derniers jeux de la francophonie, d’autres se sont volatilisé à Paris… On ne les retrouvera pas tout de suite, ils font désormais partie des sans-papiers de France.
Le problème, c’est que les vrais artistes trinquent. Ils paient les pots cassés de ceux qui se sont cassés sans papiers… On leur refuse le visas français, au motif que leurs frères ne sont pas revenus au pays. Ou pire, on ne leur répond pas. On garde leur passeport trois mois durant au consulat, jusqu’à ce qu’ils reviennent le chercher. Officiellement, il n’y a pas refus. La diplomatie est sauvée.
Dans ce contexte, les artistes francophones d’Afrique ne se laissent pas aller : « puisque la France me refuse le droit de voyager ou de me représenter, j’irai au Québec ou aux US. Car là-bas mon statut d’artiste engagé sera sans doute mieux récompensé »… En attendant, la France se fait, peu à peu, détester. Pour le moment dans les salons, à l’abri des grandes oreilles. Si cela continue, peut-être bientôt dans les chansons. Au Sénégal déjà, dans les mots des artistes, la langue de Voltaire et d’Ahmadou Kourouma se laisse peu à peu supplanter par celle de Martin Luther King… C’est ce que l’on ne veut pas pourtant, car les artistes africains engagés sont ceux-là même qui sont, par la jeunesse, écoutés. Et au pays des droits de l’humain, c’est ceux-là même que l’on voudrait congratuler si l’on appliquait nos préceptes ; car défendre des valeurs universelles ou constater les lacunes de ces pays, c’est courageux, c’est téméraire dans ces environnements.
Bref. Rien ne sert de critiquer un système s’il n’y a pas d’alternative à proposer. En préambule, ce que j’ose espérer, c’est que les services des ambassades, lorsqu’ils refusent les visas à ces artistes passionnés, agissent plus par méconnaissance que par volonté ferme de bâillonner. Dans ce cadre, ce que j’ose espérer, c’est que la francophonie se penche sur ce dossier : comment permettre aux artistes avérés une meilleure mobilité ?
Quand je dis la francophonie, je parle de ses institutions, de ses organisations, de ses associations. Je parle de celles et ceux qui adhèrent à cette organisation car ils en promeuvent les multiples identités. Avec, en fond de toile, des valeurs universelles. Car je crois fermement qu’en bloquant l’entrée passagère de la France aux faiseurs de culture, ils pousseront d’autres portes, tout à côté. Avec Internet, avec les télés, avec des visas qu’ils n’auront pas eu de mal à obtenir. Que pour éviter cela, on veut inventer un mécanisme de labellisation « artiste francophone » dont l’OIF aurait, pourquoi pas, une partie de la responsabilité. Un label “artiste francophone’ qui permettrait à la culture francophone de mieux voyager. Reste à trouver comment, mais l’idée est lancée… Car on ne veut pas laisser des technocrates décider seuls de l’avenir de la culture francophone; On veut les éclairer.
Parlons-en rapidement, car le temps passe et avec lui le désamour de ces artistes s’installe et se propage. Durablement.
Alors amis artistes, circulez !

 

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