Par Rita

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L’expatriation, étrange choix de vie.

Voila huit mois pleins maintenant que je vis mon expatriation aux Philippines. J’ai l’impression de vivre sous pression tout le temps, comme dans une cocotte-minute. Ce pays ne me laisse pas de répit et trouver la paix autant physique que morale commence à me sembler illusoire.
Depuis huit mois j’observe les mœurs, les cultures, j’apprends les langues. Je vis dans une petite ville de province, d’environ 50 000 habitants. Les communautés étrangères sont très présentes ici et la vie est relativement organisée en fonction de cela. Les chinois contrôlent l’économie, tandis que les coréens se comportent en pays conquis, vivant un complexe de supériorité qui pourrait rendre jaloux certains fachos. Un petit groupe discret d’iraniens traine aussi, dont je n’ai pas vraiment compris la raison de la présence. Un jeune parmi eux m’a juste répondu qu’il était étudiant en fabrication de bombes. Blague sarcastique pour une française.
La communauté blanche est très organisée et codifiée. Tout d’abord les blancs sont entre blancs, tous mariés à une jeune femme locale. A l’intérieur de cette petite communauté il y a les américains, les allemands, les autrichiens et les suisses, les anglais, les australiens…..et les quelques pelés comme nous français, un italien…
Chacune de ces communautés se côtoie, même si les guerres et les haines sont bien vivantes. Européens contre américains, anglophones contre germanophones, français contre anglais, mais ça c’est pour garder la forme. Et bien sûr à l’intérieur de chaque communauté ce sont les personnes humaines qui se détestent, les couples qui se livrent bataille. Dans mon bar j’observe les rumeurs…les gens se serrent la main mais se détestent joyeusement entres-eux, répandant rumeurs, s’espionnant les uns les autres, utilisant leurs femmes filipina comme service de renseignements, celles-ci utilisant leur langue pour livrer leur propre combat, parfois pas très propre… le champ de bataille est stratégiquement compliqué.
Et puis des fois ça explose. Les mots montent, un “shut the fuck up” de trop, les poings montent, l’alcool rend brave, il faut des forces pour calmer cette violence.
Mais que font-ils de leur paradis tant recherche, tant désiré ? Je n’ai jamais vu de gens déclarer si haut qu’ils adorent cette contrée et pourtant le racisme est bien là, présent, les critiques ancrées dans le quotidien ; avec les incompréhensions viennent la colère, la rancœur, le mépris. Dans mon bar je ne vois pas beaucoup de gens heureux, je vois des alcooliques fuyants des monstres du passé et de leur pays d’origine, je vois ces gens qui étaient en quête de paix et de sérénité se créer des problèmes ubuesques. Beaucoup s’inventent des vies de héros, c’est triste.
Je suis une jeune femme de 26 ans, je suis une extraterrestre ici, tant pour les blancs que pour les Filipinos et probablement aussi pour les français vivant en France. Je ne mène pas une vie ordinaire, dans tous les aspects, que ce soit amoureux, professionnel…Mes choix de vie sont des choix de liberté, d’honnêteté, de curiosité. A vouloir croquer la vie si profondément on passe par des chemins tortueux parfois difficilement assumables. Le merveilleux et le terrible se côtoient, à l’image de sc pays, à l’image de ce que je vis, à mon image…C’est peut-être la première fois de ma vie que je n’ai pas de plans.

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