Par Barth

Avatar de Barth

A bien y regarder, que voit-on du monde ?

a-bien-regarderQue ce monde est difficile à comprendre quand on le regarde à travers les yeux des autres !…

Depuis quelques temps, j’observe les grandes lignes de l’actualité mondiale uniquement au travers d’Internet ( twitter, sites et blogs d’actualités… ). Plus de télé et très peu de presse écrite… Comme la plupart de celles et ceux qui ont accès aux médias numériques aujourd’hui, je me construis une image du monde, immergé dans un flux continu d’informations, d’images, d’événements ou d’émotions…

Ce dernier mois, j’ai été frappé par un enchaînement d’événements qui répondent, chacun à sa manière, à une même question qui me passionne : Quels sont les enjeux du “visible” dans le monde actuel, ou comment les média construisent notre pensée ? Vaste question me direz-vous ! Mais tellement nécessaire pour y voir clair et agir “raisonnablement”… Je dirais même “avec responsabilité”…

Le mois de juin a commencé avec la mystérieuse disparition, au beau milieu de l’océan atlantique, d’un avion d’Air-France reliant Rio à Paris. La douleur des familles des victimes ne suffit pas à expliquer l’ampleur de l’émotion collective qui s’est alors emparée de l’opinion. Cela tient sans doute aussi au fait que l’excellente réputation d’Air France se trouve soudain remise en doute, mais c’est aussi une absence totale d’image qui caractérise ce tragique accident. Avant que l’on ne retrouve les premiers débris, la seule information avérée était la disparition de l’appareil des écrans de contrôle des radars. Une absence d’image intolérable pour nos esprits saturés de “visible”…

A la mi-juin, ce sont les élections en Iran qui ont fait trembler la toile, avec un pic de visibilité, et hélas de violence, le 15 juin – C’est le jour de la mort de Neda Agha-Soltan, une jeune Iranienne tuée d’une balle, en pleine rue, au cours d’une manifestation – Une séquence de l’événement, filmée par un téléphone portable a rapidement fait le tour du web et des médias, présentée avec plus ou moins de pudeur, et élevant la victime au rang de martyre de la révolution. Cette image de la mort, aussi brute et brutale soit-elle, est devenue en quelques heures, le symbole du mouvement de contestation en Iran, et de part le “buzz” mondial provoqué, elle a sans doute contribué à rendre visible la question iranienne aux yeux du monde.

Le 25 juin, Michael Jackson meurt chez lui à l’âge de cinquante ans, déclenchant une émotion à l’échelle de la planète entière… Le roi de la pop, l’artiste du millénaire, mi-noir mi-blanc, mi-homme mi-dieu… C’est une idole qui disparaît subitement aux yeux de ses millions de fans, c’est un savant fou de l’image (inventeur du clip musical) et de son image qui emporte ses secrets… C’est une image qui meurt, car sa musique n’a pas fini de faire vibrer le monde.

L’angoisse d’une mort sans image, la violence d’une image de la mort, et la mort d’une image… tout ça à quelques semaines d’intervalle… Je ne sais pas pour vous, mais je me demande parfois ce que cachent tous ces “visibles” ? Que se passe-t-il ailleurs, quand tout le monde a les yeux braqué sur la même image ?

2 commentaires

  • Santinèle (81 comments), le 12 novembre 2009

    “L’angoisse d’une mort sans image,
    la violence d’une image de la mort,
    et la mort d’une image.”

    A bien y regarder, ce que l’on voit du monde, au travers de tes yeux en tout cas, c’est la mort. Mais pour être honnête…c’est ce que je vois aussi, en faisant pareil que toi : plus de télé, peu de radio.
    De temps en temps le Courrier International, Marianne, le Nouvel Observateur et Le Canard Enchaîné quand quelqu’un l’a laissé traîner sur une table de café – rare, très rare. Et çà, c’est parce que je suis adepte des transports en commun. Trains, bus départementaux : j’ai besoin de lire pendant les trajets, alors je dévalise les Relay à l’occasion. Et pas en Sudoku.

    Sinon, c’est devant mon écran d’ordinateur que j’apprends ce qui se passe autour de moi via le Ouebe.
    Pour relever mes mails, je suis obligée de voir la “page de garde” du site qui les héberge. Et en très gros, avec photo-choc à l’appui, les informations jugées importantes par quelqu’un d’autre que moi ne manquent jamais de figurer.
    Ces informations relatent des événements qui se déroulent dans cet espace non-moi qui m’entoure. Peut-être juste à côté de chez moi. Mais leur teneur est loin. Si loin en distance de ma représentation du monde. Je ne vis pas dans la même réalité psychique que celui ou celle qui a choisi de mettre le projecteur de l’importance sur tel ou tel événement. Je n’arrive pas à le dire autrement.

    Alors bon.
    Avec le temps et depuis le temps que je choisis mes événements importants, j’ai tendance à aller vers les mêmes sites, à taper les mêmes noms dans les moteurs de recherche…parce que je suis d’accord avec leur représentation du monde. Ce qui est important pour eux l’est pour moi. Et vice-versa.

    Ce que j’apprends en fait sur la page de garde du site qui héberge mes mails, c’est ce qui est important pour quelqu’un d’autre. Et dans ma tête, très vite je me dis “Ah tiens, c’est çà qui est important pour X aujourd’hui”. Et çà l’est aussi pour Y, Z etc. nombreux somme toute. Puisqu’il y a offre, il y a demande…
    Et très vite, après avoir lu mes mails, je zappe vers mes autoroutes informationnelles à moi. Qui sont aussi celles de certains autres, que je ne connais pas.

    Je vois du monde ce que je veux bien y voir.
    Il y a plus à voir que ce que j’en vois.
    Même sur mes autoroutes à moi, qui apparemment croisent les tiennes puisque je commente ton ressenti.

    Et le peu que j’en vois…c’est la mort partout.
    Même sur mes autoroutes à moi.
    Sauf que, peut-être, c’est la lutte contre la mort que je vois aussi.
    La lutte contre une certaine mort.
    La lutte contre la mort du lien, de l’amour, de la loyauté, de la fidélité, de la sincérité, du respect.
    Car la mort est le pendant la vie, celle qui fait trembler d’effroi le commun des “mortels”. La mort et la vie sont liés et tournent ensemble en une roue, comme les saisons rythment la terre et la Terre.

    Je fais partie de ces saisons, car je fais partie de la terre.
    Je suis faite de terre.
    Et que voit-on du monde…à bien regarder tout près de nous…?
    Des petites choses.
    Des escargots qui traversent courageusement des rues mouillés, au risque de se faire réduire en bouillie. Des gouttes de pluies sur les carreaux. Des arbres dessinés par l’océan sur le sable lors d’un flux-jusant…(hey). Des tentatives fortes et silencieuses, tenaces, d’une Nature qui hurle l’urgence que nous nous voyions enfin en elle, à nouveau.

    Ce que je vois du monde en fait, c’est le petit, le tout près.
    Le maintenant et ici. Avec lui, elle, toi…en vrai.

    Il me semble que chacune des relations que nous avons avec un ou une, est un événement dans nos propres vies. Que c’est çà qui fait la une de nos journaux du dedans. Et à bien y regarder…

    Je crois que c’est la première étape, bien regarder ce qui est tout près, juste sous notre nez.

    “Que se passe-t-il ailleurs, quand tout le monde a les yeux braqué sur la même image ?”

  • Barth (25 comments), le 14 novembre 2009

    Merci Santinèle pour ce généreux commentaire, qui mériterait largement d’être posté comme article sur le Glob ! ( http://glob.bargeo.fr/participer ) Tu es bienvenue !
    J’espère que nos autoroutes informationnelles seront amenées à se croiser de nouveau, et que ce sera l’occasion d’échanger sur ce vaste sujet du “voir le monde” ! Après une période d’inactivité sur ce blog, je vais reprendre prochainement la rédaction et ta réponse m’encourage à poursuivre cette réflexion.
    A suivre !

Poster un commentaire

Subscribe without commenting