Par Ally

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Avortement: l’Espagne en retard.

Une vive querelle fait rage en Espagne depuis quelques jours autour de cette terrible question: faut-il légaliser l’avortement? Il n’est actuellement autorisé que dans certains cas: viol, malformation du foetus, ”danger pour la santé physique ou psychique de la mère”; cette dernière situation étant bien-sûr utilisée comme prétexte pour couvrir la plupart des interventions, qui deviennent dès lors légales. L’Eglise n’a pas perdu un instant pour s’ériger comme à l’accoutumée en gardienne des valeurs humaines fondamentales, et a déployé un impressionnant arsenal publicitaire prônant à tout prix la protection du moindre foetus. Une telle énergie et un tel budget seraient employés à bien meilleur escient dans des campagnes en faveur de la contraception. L’Eglise n’est résolument pas moderne. Je me demande bien quelle proportion de personnes en Europe s’adonne aux plaisirs de la chair dans le seul et unique but de procréer…

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"Linx: protégé." "Et moi? Protégez ma vie!"

Mais voyons d’un peu plus prés cette fameuse campagne: Je trouve qu’ils exagèrent sans aucune retenue: quels réels points communs entre ce charmant bébé déjà doté d’une personnalité, de sentiments, de réactions et un foetus de quelques semaines? Vous allez me dire que le foetus est un bébé en puissance? (Oui, et il peut tout autant être un criminel en puissance…) Certes, mais je pense que cela ne justifie en aucun cas le fait d’imposer une grossesse à une femme qui ne l’a pas désirée et qui doit maintenant gérer cet « accident », dû peut-être à une contracepton mal prise, ou un préservatif défaillant… La vidéo qui circule en Espagne est encore plus choquante selon moi:

Cette théâtralisation de la peine de mort est absolument honteuse.

La plupart des femmes qui se retrouvent enceintes sans vouloir garder le bébé ne le font évidemment pas exprès, juste pour se compliquer un peu plus la vie! Les campagnes de prévention devraient insister sur le fait que se faire avorter est un acte chirurgical lourd et traumatisant et qu’il faut donc tout faire en amont (contraception, éducation, écoute…) pour éviter de devoir prendre ce genre de décision, plutôt que condamner et bafouer sans appel les femmes qui font ce choix.  L’interdiction de l’avortement pousse beaucoup de femmes, de médecins et même des non-professionnels (appelées les « faiseuses d’anges » pendant longtemps) à agir dans la clandestinité, en prenant des risques tant au niveau hygiènique qu’au niveau psychologique. En témoignent ces extraits autobiographiques de l’Evènement d’ Annie Ernaux. (Gallimard, 2000, pages 53 et  90 à 92.)

(ATTENTION, ce texte est très cru et peut choquer…)

Le lendemain matin,je me suis allongée sur mon lit et j’ai glissé l’aiguille à tricoter dans mon sexe avec précaution. Je tâtonnais sans trouver le col de l’utérus et je ne pouvais m’empêcher d’arrêter dès que je ressentais de la douleur. Je me suis rendu compte que je n’y arriverais pas seule; J’étais désespérée par mon impuissance. Je n’étais pas à la hauteur. « Rien. Impossible ou quoi. Je pleure et j’en ai plus que marre. » [...] (La narratrice va voir une infirmière qui lui pose clandestinement une sonde dans l’utérus et aprés de violentes douleurs, voici ce qui arrive…) J’ai ressenti une violente envie de chier. J’ai couru aux toilettes, de l’autre côté du couloir, et je me suis accroupie devant la cuvette, face à la porte. Je voyais le carrelage entre mes cuisses. Je poussais de toutes mes forces. Cela a jailli comme une grenade, dans un éclaboussement d’eau qui s’est répandue jusqu’à la porte. J’ai vu un petit baigneur pendre de mon sexe au bout d’un cordon rougeâtre. Je n’avais pas imaginé avoir cela en moi. Il fallait que je marche avec jusqu’à ma chambre. Je l’ai pris dans une main- c’était d’une étrange lourdeur- et je me suis avancée dans le couloir en le serrant entre mes cuisses. J’étais une bête. La porte de O. était entrebâillée, avec de la lumière, je l’ai appelée doucement, « ça y est. » Nous sommes toutes les deux dans ma chambre. Je suis assise sur le lit avec le foetus entre les jambes. Nous ne savons pas quoi faire. Je dis à O. qu’il faut couper le cordon. Elle prend des ciseaux, nous ne savons pas à quel endroit il faut couper, mais elle le fait. Nous regardons le corps minuscule,avec une grosse tête, sous les paupières transparentes les yeux font deux tâches bleues. On dirait une poupée indienne. Nous regardons le sexe. Il nous semble voir un début de pénis. Ainsi j’ai été capable de fabriquer cela. O. s’assoit sur le tabouret, elle pleure. Nous pleurons silencieusement. C’est une scène sans nom, la vie et la mort en même temps.Une scène de sacrifice. Nous ne savons pas quoi faire du foetus. O. va chercher dans sa chambre un sac de biscottes vide et je le glisse dedans. Je vais aux toilettes avec le sac. C’est comme une pierre à l’intérieur. Je retourne le sac au-dessus de la cuvette. Je tire la chasse.

C’est pour éviter ce genre d’évènements extrêmes qu’il faut considérer l’avortement comme un droit fondamental de la femme, un droit à disposer de son propre corps, de sa vie, et ce dans des conditions médicales et morales décentes.

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2 commentaires

  • hidalgo (119 comments), le 5 novembre 2009

    J’approuve personnellement completement ton point de vue, l’église pourrait dépenser son argent bien autrement, c’est évident. La vidéo ci dessus est tout simplement scandaleuse, c’est de la propagande à deux sous.
    Il est grand temps que le vatican évolue!

  • Emmanuelle (2 comments), le 3 décembre 2009

    Je suis d’accord avec toi, ce sujet me touche et je ne comprends pas pourquoi il reste tabou encore aujourd’hui.
    Ne vaut-il pas mieux se séparer d’un petit bout de chou plutôt que de le mettre au monde avec le risque de ne pas l’aimer comme il l’aurait mérité, qu’il se retrouve sans père et avec une mère qui “galère” à l’élever ?
    Ceux qui ont fait cette vidéo n’ont pas d’âme et ne comprennent rien à la vie.
    Je suis entièrement d’accord lorsque tu dis “que la femme à un droit à disposer de son propre corps”.
    Les femmes qui ont avorté ont beaucoup souffert.
    La moindre des choses est de respecter leur choix …

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