Par Gaspard

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Blocs de câbles

martinique-mangrove

Pour poursuivre sur une tonalité outrancièrement technophobique, parlons des câbles. Serpentins de malheur. Nous savons à présent que Sisyphe était le propriétaire d’une petite boutique de connectique. Le niveau de câble monte dans la pièce comme le niveau de l’eau monterait lors d’une inondation, à savoir que la reptation est leur premier stade. Ils se contentent, au début, de visiter la zone en glissant. Ils s’organisent ensuite : ils s’entassent, s’allient pour grandir. Ils deviennent tentacules, paniers de crabes, groupés en holdings, trusts mafieux de spaghettis caoutchouteux. Ils se nouent. Nœuds sur les fils du combiné, les câbles informatiques, téléphoniques, électriques, ethernet, petits fils, câbles plats, torsadés… Ponctionnons chaque jour un temps de notre temps au dénouage. À moins que l’on ne cherche à vivre dans une mangrove. Cette résignation à parfois des limites. À dézinguer, dans l’impatience, au kilo le kilo. Le rêve qui apparaît dans ce cas est de plusieurs nature, selon les caractères. Il peut prendre la forme de sécateurs ou pinces coupantes émettant un clac très net à chaque morsure, ou, pour des colères plus drues, se matérialiser en une belle hache de poing et son billot de cèdre haut jusqu’à la taille. Quelle festin alors ! “Quelle santé ! Il a hâché du câble toute la matinée…” Solution radicale, mais relativement incertaine d’un point de vue professionnel : il devient très difficile de conserver un emploi intéressant lorsque l’on découpe les câbles qui nous posent problème. En outre, les câbles renferment du pouvoir, ils le contiennent, ils l’enserrent en leurs gaines, ils l’engainent… Ils sont puissance invisible et en deviennent insécables. Nul ne veut s’attirer la foudre. Ils deviennent par ailleurs optiques, ou fibreux. Ils voient par en dedans… ils contiennent lasers ou magiques silices. On n’ose même plus les plier.
Quel intrigue en ce contexte, que le développement des appareillages dits “sans fils”. N’êtes vous pas étonnés, voire sceptiques, de la brutalité de ce progrès ? Comment peut-on passer d’une système d’enchevêtrement électrique maximal, voire gordien, à la disparition pure et simple du problème ? Cela nous réserve des surprises. Les nœuds existent encore. Ils changent de nature et deviennent invisibles. Ils se recréent ailleurs, dans un endroit inconnu, un décor de cauchemar, probablement une pièce sans fenêtres, très sûrement un lieu qui ressemble à celui où l’on stocke les déchets nucléaires. Enfouis mais dangereux, toujours…

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