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L’infidélité, une histoire d’Amour ?

L'amant, par Lionel Hugonnier

Les premières histoires d’amour de ma vie, je les ais vécues bercée par le romantisme de Stendhal,  à travers la pureté de Madame de Rênal ou la fougue de Fabrice Del Dongo. Elizabeth, l’héroïne courageuse d’Henri Troyat, a également façonné ma vision de l’amour. La passion de ces trois personnages, leur loyauté envers leurs engagements et partenaires m’ont longtemps guidée vers une vision du couple idéalisée par cette valeur sincère, dévouée, fiable que constitue la fidélité.

« Les fidélités ne s’obtiennent pas sans bienfaits. » Maurice Druon

Aujourd’hui en France et depuis des siècles, les époux se promettent fidélité face au prêtre, au Rabin ou à l’Imam ; ils le font aussi face au Maire, représentant légitime des droits laïcs et républicains. La valeur de la fidélité constitue l’un des quatre piliers du mariage.

Pourtant, à en croire les statistiques mondiales, la fidélité amoureuse apparaît caractéristique culturelle, donc acquise, plutôt qu’innée chez les humains.  En effet on constate en France, en Afrique  et ailleurs, que la  fidélité, tant entre époux qu’entre  êtres qui s’aiment, représente presque une exception, particulièrement après 7 ans de vie commune. Par exemple, en France 40 hommes sur 100 (seulement ?) pratiqueraient l’adultère, tandis qu’aux US ce taux passe à 72%, sans parler d’un pays comme le Mali où il avoisinerait les 80% ; les femmes, quant à elles, déclarent toujours un peu moins de conquêtes que les hommes… Et plus les gens sont insatisfaits de leur vie plus ce taux augmente.

« La fidélité est l’art de ne pratiquer l’adultère que par la pensée. » Decoly

Puisque cette valeur serait culturelle, on peut en déduire que rester charnellement fidèle à un seul partenaire requiert une capacité de l’individu à faire abstraction de ses propres tendances naturelles à vouloir se mélanger à l’autre, à ‘faire du sexe’ pour parler simplement, avec une nouvelle personne. Seulement 10 à 15 % des individus parviendraient à cette force de l’esprit sur la chair au cours d’une vie maritale de plus de 15 ans.

Pourtant cette exigence sociale qu’est la fidélité, en vigueur depuis des siècles, détient un rôle fondamental dans la structure du couple.

Préserve-t-elle de la jalousie, ce sentiment puissant qui blesse les plus forts comme les plus faibles ? Sans doute pas, mais il est certain qu’elle attribue au partenaire une exclusivité nécessaire au sentiment d’unicité, et aide à nous auto-préserver de nos propres doutes concernant la noblesse et la loyauté de l’humanité.

Etre fidèle, c’est préserver l’autre au détriment de nos propres désirs. Un acte d’amour et d’abnégation en somme.

Pourtant les statistiques tendent à démontrer que même si globalement on n’aime pas partager l’objet de notre amour,  cela ne nous empêche pas de nous partager nous-mêmes, surtout si c’est fait dans la discrétion.

 « Le chien est le symbole de la fidélité, mais nous le tenons en laisse. »  L. Sövény

Alors, certains couples ont trouvé une piste pour répondre aux frustrations apparemment naturelles qu’entraîne probablement un engagement de fidélité charnelle à vie : en pratiquant l’échangisme ou ses formes, la polygamie ou la polyandrie –plus rare-, ils satisfont leur appétit naturel de l’autre tout en ayant le sentiment de rester fidèles l’un envers l’autre. Puisqu’aucun acte n’est perpétré sans que l’autre n’en soit informé, il n’y a donc –logiquement-  pas mensonge, pas trahison, donc loyauté. Oui mais ces pratiques requièrent non seulement beaucoup de communication, mais aussi une disposition de l’esprit particulière, apte tant au partage de l’exclusif amour, qu’à contrer ouvertement des valeurs judéochrétiennes fortement ancrées dans nos sociétés. Certains nomment ce fait perversion, d’autres libertinage, un mot qui désigne à l’origine un individu affranchi de la morale religieuse, d’autres simplement liberté.

A en croire ces constats sociétales visibles tant aujourd’hui qu’il y a 100 ou 1000 ans, on peut se demander si la  valeur de la  fidélité charnelle amoureuse ne serait pas qu’un vaste foutage de gueule, si elle n’existe pas uniquement dans les œuvres de fiction romantique ou seulement chez les plus amoureux, les plus forts ou les plus religieux d’entre nous ?

Combien d’entre nous sont en mesure d’aimer, pour la vie ou pour une vie, en respectant la valeur de la fidélité  ?

J’avoue avoir un peu peur des réponses, éternelle utopiste que je suis, et que je veux rester…

 « Peut-être la certitude est-elle le secret des longues fidélités. » Honoré de Balzac

Gérard Di maccio, L'envolée

D’autre part, si l’on se place d’un angle de vue physiologique, on sait aujourd’hui qu’approximativement 99% des cellules des humains se renouvelleraient entièrement par périodes de 7 ans. Encore, côté religieux ou spirituel, les philosophies orientales, la Kabale, le Coran ou d’autres écrits postulent également sur ces périodes de 7 années qui constituent les cycles de vie des humains.

Dans ce contexte, on peut se poser la question de savoir si l’on est le même être d’une période de 7 ans à l’autre ? Et si ce ‘nouveau moi’ existe réellement, doit-il rester fidèle à des engagements qui datent d’une vie antérieure ?

Parfois, il se révèle positif de remettre en question des engagements décidés à un moment donné, afin de s’adapter à la nouvelle configuration environnementale, elle-même en mouvement constant.

Puisque rien n’est éternel, ne devrait-on pas adopter la règle de renouveler chaque année sa promesse plutôt que de jurer, pour la vie, une seule fois face à la communauté ?

Alors, après bientôt quarante années d’expériences humaines cette terre, j’en arrive finalement à la conclusion que la fidélité, loin d’être règle naturelle, constitue bien une valeur acquise par l’éducation, puis elle se mérite et se fabrique à deux, voire même à trois, ou quatre, selon les régions du monde…

La fidélité m’apparaît comme un apprentissage, de soi et avec l’autre, une loyauté à construire au prix d’efforts quotidiens, si chacun en est d’accord.

La satisfaction qui découle de cet effort commun, c’est le sentiment partagé de constituer un être Unique au moins pour un autre individu.

Et ce sentiment là, je crois, c’est cela que l’on appelle le grand Amour, non ?

C’est une question ouverte…