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Masochisme et flagellation

Tout d’abord, avant d’aborder le sujet de la souffrance volontaire dans nos sociétés, il me semble important de répondre à certains passages de l’article précédent intitulé “Religion, les plus pauvres pâtissent plus que les pays riches” et des points de discordances que je peux avoir avec l’auteur.

Le fait de mentionner “à chacun sa béquille” est un signe profond d’un irrespect envers  les catholiques, mais également pour tous les croyants de quelques natures qu’ils soient. Limiter les croyances de divers individus à ce fait sous-entend que les personnes se référant à un dogme ou à un être supérieur ne seraient pas capables et/ou pas assez fortes psychologiquement pour tenir debout toutes  seules. Un ton aussi condescendant ne me semble venir que d’une personne qui elle, aurait besoin d’une béquille, et s’en cache en accusant les autres d’être plus bringuebalantes que lui…Ma ligne de conduite étant de ne pas m’attaquer à quelqu’un déjà à terre, je vais donc maintenant rentrer dans le vif de mon sujet.

Souhaitant apporter quelques données “objectives” à la tradition de la flagellation aux Philippines :

“C’est la chose la plus douloureuse que j’ai jamais endurée, mais c’est pour le Seigneur et c’est ma pénitence”, a déclaré Rommel David, qui a entamé les “cérémonies” en se fouettant le dos en compagnie d’une dizaine de camarades dans la ville de San Fernando, au nord de Manille.
Une dizaine de personnes ont été attachées et clouées pendant quelques minutes à des croix à San Juan, près de San Fernando.
Les éphémères “Christ” sont ensuite emmenés dans une tente où des soins leur sont dispensés.
Les pèlerins sont généralement poussés au sacrifice par un besoin de remercier Dieu de les avoir guéris d’une maladie, eux ou un membre de leur famille (…). Les crucifixion du vendredi saint aux Philippines étaient, à l’origine, un rituel de catholiques cherchant à expier leurs péchés ou remercier Dieu d’avoir exaucé leurs prières.
Mais l’événement s’est transformé au fil des ans en un spectacle souvent mercantile qui attire des milliers de personnes et ne bénéficie pas du soutien de l’Eglise. Environ 80% de la population des Philippines est catholique.”
http://www.laliberte.ch/?contenu=toutelajournee&depeche=64449

Comme nous pouvons le constater, ces pratiques proviennent de volontés individuelles, non dictées par l’Eglise et n’étant pas soutenues par cette dernière. A ce titre, j’ai d’ailleurs lu vendredi matin dans le journal que le Vatican les condamnait ouvertement.

Mais si ces personnes pratiquent la flagellation, alors qu’elles n’y sont pas obligées, il est possible de faire un rapprochement entre la confession qui a un effet libérateur par l’absolution des péchés. A la différence que la confession ne reflète pas l’effet de punition.

La “punition” est  recherchée au travers de cette pratique (ils peuvent penser qu’une maladie a pu foudroyer un de leur proche du fait de leurs mauvais comportements).Cette flagellation est l’aspect visible d’une pratique qui sert à les déculpabiliser. Mais la notion de punition n’est pas liée à la religion. La religion permet seulement un cadre pour la mettre en pratique à ciel ouvert.

On retrouve cette pratique dans le milieu bdsm (Bondage Domination Soumission Masochisme):

“La flagellation est parfois employée dans le cadre de relations perverses, induisant un assouvissement physique et psychologique. Dans les relations BDSM, la flagellation est un fort symbole de domination pour celui qui l’exécute. La personne flagellée tient le rôle de soumis. L’excitation sexuelle’associée à la situation met en jeu l’exhibitionnisme, le voyeurisme, le fétichisme, et le sado-masochisme.   La stimulation physique judicieusement dosée de certaines zones sensibles  peut conduire certaines personnes à l’orgasme. Parfois la personne soumise peut être attachée (menottes, bondage et quelquefois sur du mobilier très spécial (croix de Saint-André… sachant que l’ambiance fait souvent partie intégrante de la “cérémonie”).” Source : wikipedia.

Il me semble qu’il est difficile de ne pas faire de rapprochement entre cette pratique relevant d’une part, de la religion et d’autre part, de pratiques pervers. Si l’on s’intéresse davantage au phénomène du Masochisme, étudié pendant plus de trente ans par Theodor Reik, disciple de Freud, on en comprend mieux les rouages. Les personnes vont rechercher au travers de ces pratiques un bien-être, un soulagement, une façon de se déculpabiliser. Et force est de constater qu’il est plus facile de s’afficher comme fervent catholique que comme masochiste exhibitionniste. A ce titre, je vous invite à lire le livre Le Masochisme, et plus particulièrement le chapitre 24 (les chapitres Martyr et Masochiste: traits communs contrastés) et 25 (Les paradoxes du Christ).

N’oublions d’ailleurs pas de dire que la souffrance physique permet au cerveau de délivrer une forte dose d’endorphine, tout comme l’acte amoureux, permettant une sensation d’extase (Wikipedia).

Alors, avant d’hurler et crier gare, il serait de bon ton de se renseigner plus en profondeur sur le sujet et sur la nature humaine, que ce soit d’ordre physique ou pychique… A bon entendeur!