Par Santinele

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Naïf. Super.

Je pense assez souvent aux Doors.

Je ne sais pas depuis quand exactement, mais je suis tentée de dater cette récurrence de leurs irruption à la surface des eaux de mes pensées à ma lecture du Fléau, de Stephen King comme chacun sait.

Le leader du groupe, Jim Morrison, apparaît dans une station essence en pleine nuit et fait le plein. Le type qui tient cette station par ailleurs paumée en plein désert plat comme il peut y en avoir aux US, n’arrive pas à “remettre” ce mec au visage familier qui vient comme çà, en grand prince, à pas d’heure, comme si c’était pure banalité et routine de remplir sa jauge à ce moment-là. C’est un peu plus tard que le déclic se fait. Sur le coup il est content d’avoir eut affaire à Jim Morrison en personne dans sa bicoque à essence. Mais 1/4 de seconde après avoir remit son visiteur, sa liesse se trouble.

Jim Morrison est mort en 71, et, temps du roman, on est après 1980.

Peut-être que c’est depuis que j’ai lu ce roman et que ce passage-là est resté comme un court-métrage dans ma camera obscura, que je pense régulièrement aux Doors. Ce qui est étrange, c’est que je ne connais pas grand chose de leurs chansons. People are strange, Summer’s almost gone, Spanish Caravan, Riders on The Storm, Light My Fire, et Hello I Love You. J’oubliais The End, en bon dernier. C’est là toute l’étendue de mon fanatisme de groupie envers ce groupe. Plus les morceaux dont la mélodie me dirait quelque chose, sans que je sache qu’ils en sont les auteurs.

C’est surtout le mot “porte” qui me vient à l’esprit et immédiatement après, voire simultanément, le nom de ce groupe avec une photo en Noir et Blanc de Jim Morrison en surimpression vient illustrer le concept.

Et maintenant où je veux en venir.

Le mot porte est l’idée-concept que m’envoie mes propres profondeurs.

Sorte d’intuition qui me vient insensiblement quand je réfléchis, comme nous tous et jusqu’au bout de mes possibilités, aux questions environnementales, climatiques, écologiques, économiques, systémiques, ta barbe me pique (et çà fait mal) etc.

Quand je médite sur les enjeux de notre temps, nous sommes si nombreux nous les sapiens qu’à chaque fois je suis obligée de penser aux solutions, car il s’agit bien de problèmes n’est-ce pas tous ces -iques et -ales (nouveau mot : ikéal ?), en terme unitaire.

Donc j’en reviens à moi.

Et mon débat se poursuit, toujours dans ma caboche et peut-être avec aussi mon estomac. Il se poursuit et se termine devant une porte qui se trouve dans cet espace désincarné de moi-même. Ce même espace où sont rangés mes souvenirs d’enfance, les mouvements de la brasse et les premières lettres de l’alphabet hébreux, tout à côté du binôme de Newton qui ne me sert pas à grand chose mais que je garde pour faire bien dans mes articles Bargeo.

Derrière cette porte…je devine tout un tas d’atavismes, entassés, ayant peine à respirer. Commençant à avoir envie de prendre l’air. Mais je sens aussi que j’y tiens pas tellement.

ATAVISME /a.ta.vism/ masculin

  1. (Biologie) Réapparition, chez le descendant, d’un ou plusieurs caractères qui avaient appartenu à un de ses ancêtres, sans se manifester dans les générations intermédiaires.
  2. Transmission héréditaire de certains traits physiques ou moraux.

Ces “caractères” pouvant être physiques et physiologiques. Pouvant être aussi des connaissances, des savoir.

Et parmi ces caractères, je commence à me demander avec assez de sérieux si finalement, étant donné que nous les sapiens faisons partie intégrante de la nature qui nous entoure, étant donné que nous qui sommes une version-résultat d’un assemblage en chromosome de l’ADN présent dans tout le vivant, ben je me demandais si parmi ces caractères oubliés il n’y avait pas le savoir intuitif du maintien de la vie en mode systémique. C’est à dire que nous saurions, mais aurions oublié au fil des siècles, que nous faisons partie d’un tout (un système d’éléments interconnectés) appelé le Vivant, et saurions aussi nous penser nous-même comme une partie de ce tout, ayant sa place. Non pas de conquérant, mais de maillon. Faible certes, mais maillon.

Nous saurions, et ce de façon et individuelle et grégaire, que la stratégie, la meilleure, à adopter est là : dans ce lien atavique avec le Vivant. Avec ses rythmes, ses saisons, ses naissances, ses vies, ses morts, qui ne sont pas des menaces, mais des cycles dont il ne faut pas avoir peur. Faudrait.

Derrière la porte que je ne veux pas ouvrir, je sens qu’il y a tout ce discours. Non pas théorique, mais en action. Derrière cette porte il y a un changement d’attitude, il y a une autre représentation du monde dont je ne suis pas le centre…mais un centre, ayant son importance, mais PAS toute l’importance. Aïe. Et “Paf ! l’Ego”. Même si je ne me considère pas trop trop égoïste…juste ce qu’il faut quoi.

L’intelligence du Vivant. C’est ce “truc” qui me scotche quand je vois les plantes de la pièce à vivre de mon chez moi chercher la lumière en étalant le maximum de la surface des feuilles de façon à capter le rayonnement du soleil…cette intelligence de Vie est là, en moi aussi…mais très honnêtement, je n’ai pas l’impression de l’utiliser comme je devrais. Ni d’y être connectée. J’ai peur des araignées et d’un tas de trucs du même acabit. Tout ce qui rampe.

Quand je réfléchis, et c’est de plus en plus souvent ces derniers mois voire années, aux enjeux du Vivant, je commence par penser à “l’environnement” comme étant à l’extérieur de moi. Comme un truc loin, à sauver d’une manière ou d’une autre. Mais au final, j’arrive toujours devant la même porte mentale, celle-là même qui me donne l’impression d’être séparée de “l’environnement”. Et cette porte commence à me dire des trucs – houlà, une porte qui parle, let’s say a talking door (en anglais çà fait moins peur).

Elle me dit que tout est lié et que je fais partie du vivant. Sur quoi je réponds “Ben ouais je sais ! Merci pour le scoop ! Bon j’ai des trucs à faire, je dois aller écrire un post sur le Glob de Bargeo…”. Et je me carapate en caravane sous ma carapace de rapace sans dire que je repasse, ni à quelle heure. Parce que si je reste trop longtemps, elle va me dire d’ouvrir, parce que voilà tu comprends gnagnagna…enfin des conneries de ce genre. Une porte qui se prend pas pour n’importe qui et qui va fermer sa g… avant que je m’énerve. Mais elle est patiente la porte. A very patient talking door. Elle sait que je vais revenir devant, insensiblement comme je disais au début.

Alors les Doors et Jim Morrison. Le Fléau. Atavisme. Ecologie. Environnement. Une porte qui parle…Where the hell is the link ? Je viens d’aller sur Wikipedia – oui parlons-en, mais pas maintenant – pour savoir quelle est l’origine du nom de ce groupe et voici ce que j’ai trouvé et que j’avais déjà du regarder il y a quelques années :

THE DOORS (extrait Wikipedia)

Jim Morrison proposa comme nom The Doors. Ce nom renvoyait à un livre de Aldous Huxley, The Doors of Perception, où l’auteur narre son expérience des drogues. Ce titre était lui-même inspiré d’un vers du recueil de poème Le Mariage du Ciel et de l’Enfer, de William Blake : « If the doors of perception were cleaned, every thing would appear as it is: infinite » (« si les portes de la perception étaient nettoyées, toute chose apparaîtrait telle qu’elle est : infinie »).

La question des drogues est posées par cet extrait mais, je ne suis pas contre un autre débat, ce n’est pas mon propos dans ce post. Là où çà tilte pour moi, c’est cette question d’infinitude. C’est à dire, que tout est lié. Moi c’est comme çà que je comprends l’idée. C’est comme çà que se traduit l’idée pour moi, j’insiste. J’ajouterai que lorsque je réfléchis aux enjeux de notre temps et de notre génération en particulier – nous sommes la tranche d’âge sur les épaules de laquelle repose la reproduction de l’espèce – mais de tous en général, je ne consomme rien de particulier. Si, peut-être un thé au jasmin, une verveine avec des tartines pain/beurre salé/sirop d’érable (véritable tuerie cosmique pour le palais). Voilà pour le côté “drogue” de l’extrait. Et je rajoute que je n’ai jamais été une fan des Doors, mais que le choix du nom me semble intéressant. Ce nom-concept illustre bien mon dilemme, récurrent lui aussi.

Et ce dilemme pour moi, se pose en ces termes : si cette porte s’ouvrait en moi, vers ces atavismes, ces liens anciens avec le Vivant, plus “primitifs” si on veut, ne saurais-je pas d’instinct ce qu’il faut faire pour arrêter le carnage environnemental à mon échelle du moins ? Et puis d’abord, y a-t-il un carnage en cours, ou est-ce simplement un processus naturel de maturation du vivant sur la planète ?

En récapitulant, le cheminement de pensée qui est le mien est le suivant :

  1. Je reçois un stimulus extérieur qui déclenche la réflexion sur les enjeux du Vivant (et il y en a partout),
  2. La réflexion avance patati AMAP, potager bio, s’investir dans une asso, oui mais y’en a des tas, les écolos sont des énervés, oui mais y’a Pierre Rabhi il est gentil lui, tri sélectif, partir à la campagne, fuir l’Occident, non mais c’est pas une solution, la modernité c’est bien, j’aime bien Internet et mon Macbook patata,
  3. La réflexion avance et je me retrouve devant ce genre de question : et moi dans tout çà, pourquoi j’ai le sentiment que la nature est loin de moi, même si je sais en théorie que je fais partie du règne vivant…pourquoi une telle impression d’extériorité ? Une telle perception…?
  4. Hop, la porte,
  5. Hop les Doors avec Jim tellement beau qu’il fait peur,
  6. Paf William Blake,
  7. Impasse, Knock Out, retour case départ, pas envie d’ouvrir.

Et je préfère lire du Stephen King dans mon pieu avec ma tasse de jasmin chaud, mon sucre – des tonnes.

Mais je pense toujours à des trucs comme çà. Je sens que c’est tabou, et pas que pour moi. Je sens que ceux qui ouvrent la porte par des moyens…on va dire “psychotropes” ou autre, sont différents. Si çà leur a réussi bien entendu. Je commence à comprendre aussi qu’il y a des gens qui ont l’air plus éveillés, plus “de mèche” avec le Vivant. Sans avoir vécu des expériences “alternatives”.

Et vous, people of the Bargeo Globosphère, qu’avez vous à dire de tout cela ?

Je suis certaine qu’il y en a qui sont plus tranquilles que moi quand il s’agit du Vivant, et de son avenir. De notre avenir. Qui ont trouvé un juste milieu entre modernité et respect de l’environnement. Donc d’eux-mêmes. Je me sens un peu comme le personnage principal de ce bouquin d’Erlend Loe, Naïf.Super. Allez-y, c’est tellement simple et rapide à lire.

Dites, vous avez aussi une porte qui parle vous ?

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2 commentaires

  • Rita (60 comments), le 26 novembre 2009

    Plutot long l’article…

  • George (169 comments), le 28 novembre 2009

    C’est pas la taille qui compte ;)
    Plus sérieusement, Mes préoccupations actuelles sont généralement bien plus terre à terre.
    Comment m’occuper au mieux de mes enfants malgré un situation familiale très dure. Comment rester toujours le plus droit et juste possible quand la colère menace de prendre le dessus. Comment trouver un équilibre dans mon travail qui a éthiquement peu de sens pour moi. Plus généralement, quelle est ma place dans cette société que je ne cesse de critiquer mais dont je fais pourtant partie.
    Bref, si je vais au fond des choses, quelle sens a la vie, ou plutôt, quel sens je veux donner à ma vie. Et comment y arriver.
    Je t’envie d’avoir le luxe d’avoir le temps de te questionner ainsi.
    En tout cas, merci du conseil de lecture.
    Et de ta participation à ce blog. Cela fait plaisir de pouvoir échanger ici, même de manière parcellaire, quelques bribes de réflexions.
    En tout cas, merci du conseil de lecture.

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