mmmh!... (bô)

mmmh!... (bô)

« Aimer, ce n’est pas se regarder l’un l’autre, c’est regarder ensemble dans la même direction », disait Antoine de Saint-Exupery. Ainsi chacun pourra en déduire que la position préférée de ce célèbre écrivain était sans aucun doute la levrette… Comme quoi, le sexe et la littérature peuvent faire bon ménage. Mais n’allez pas vous imaginer que je vais vous causer de littérature érotique, non, je suis bien trop chaste pour ce genre d’entreprise. Le but que je me propose aujourd’hui est tout simplement de remettre un peu d’ordre dans l’imaginaire collectif. Car trop souvent l’homme est opprimé, car l’homme est faible, car la beauté de l’homme est trop souvent ignorée du simple mortel, (ceci était à lire avec une voix vibrante, la main tendue vers le haut et le regard embrumé par une infime larme…), il est devenu indispensable pour l’humaniste que je suis de redorer son image ternie. En effet, la pornographie laisse dans son sillage une multitude de préjugés, laissant croire à qui ne connaît rien aux affaires de l’amour que l’homme est irrémédiablement un dominant dépourvu du moindre raffinement. Tout du moins, c’est ce qui ressort d’une simple requête google comportant le moindre mot un tant soit peu osé.

baaah!... (pa bô)

baaah!... (pa bô)

Ainsi lorsque je cherche à répondre à l’appel insatiable de mes désirs les plus fous, il m’est arrivé moult fois au détour de l’une de ces pages web qui s’affichent à l’écran par une magie qui me dépasse, de vivre un véritable traumatisme; … des femmes, toutes nues, s’offrant à la virilité dépravée d’un mâle fatigué par l’exercice, … mais jusque là, rien de bien choquant. Plus difficile à soutenir pour mes petits yeux sensibles est cette pratique à laquelle pas une ne fait défaut et qui consiste à avaler goulûment la substance séminale de son partenaire. Mais d’où peut donc leur venir une telle idée? Tout le monde sait que ce n’est pas comme ça que l’on fait des enfants.

Mais reprenons le fil de la discussion; je me proposais donc de réformer les moeurs. Rien de plus, rien de moins. Et bien tout comme certains ont pu revendiquer le droit pour les hommes de montrer leurs seins, je revendique le droit que nous avons, nous les hommes  (aah, qu’ils sont beaux!), de boire du sperme en toute quiétude. Oui! Cette pratique n’est pas réservée à la gent féminine. En atteste la prose de Robert Desnos dont je ne saurais plus longtemps vous cacher l’élégance. Ces messieurs-dames du net ont encore beacoup à apprendre en matière de raffinement, n’est-il pas?

(Avant de vous aventurer dans cette lecture, sachez que toute ressemblance du personnage principal avec mon identité est purement fortuite…)

Corsaire Sanglot n’hésita pas. Il entra dans le couloir. La concierge, une belle sirène, était en train de changer d’écailles, suivant la volonté de la saison. C’étaient, dans la loge meublée d’une table, d’un buffet et d’un cartel Henri-II, des tourbillons d’écailles vertes et blanches. Bientôt, la métamorphose fut terminée et la sirène lissa une magnifique queue d’écailles blanches ressemblant à de la laine. Mais le corsaire montait les étages avec rapidité.
La sirène dressa vers l’escalier sa main blanche et palmée :
« Prends garde, Corsaire Sanglot, pillard de méduses, ravageur d’astéries, assassin des requins ! On ne résiste pas impunément à mon regard. »
Arrivé au deuxième étage, le jeune homme sonna à la porte d’un appartement. Un valet de haute taille, galonné et doré, vint lui ouvrir et l’introduisit dans un vaste salon. Il prit place dans un fauteuil de cuir non loin d’une petite table genre table de bridge. Les valets du club des Buveurs de Sperme s’empressèrent autour de lui. Après avoir choisi un cru de choix, du sperme sénégalais année du naufrage de La Méduse Corsaire Sanglot alluma une cigarette.
Le club des Buveurs de Sperme est une immense organisation. Des femmes payées par lui masturbent par le monde les plus beaux hommes. Une brigade spéciale est consacrée à la recherche de la liqueur féminine. Les amateurs goûtent fort également certain mélange recueilli dans la vasque naturelle après d’admirables assauts. Chaque récolte est enfermée dans une petite ampoule de cristal, de verre ou d’argent, soigneusement étiquetée et, avec les plus grandes précautions, expédiée à Paris. Les agents du club sont d’un dévouement à toute épreuve. Certains ont trouvé la mort au cours d’entreprises périlleuses, mais chacun poursuit sa tâche passionnément. Mieux, c’est à qui aura une idée géniale. Celui-ci recueille le sperme du condamné guillotiné en France ou pendu en Angleterre, ce qui donne à chacune de ces émissions et suivant la torture, le goût du nénuphar ou celui de la noix. Celui-là assassine des jeunes filles et remplit ses ampoules de la liqueur séminale que leurs amants laissent échapper sous l’emprise d’une surprise douloureuse quand ils apprennent de sa bouche même la terrible nouvelle. Cet autre, engagé dans un pensionnat d’Angleterre, recueille la preuve de l’émoi d’une jeune pensionnaire quand, étant parvenue à la puberté sans que les maîtresses s’en soient aperçues, elle doit, pour une faute vénielle, recevoir, jupes retroussées et culotte basse, la fessée et les verges en présence de ses compagnes et peut- être d’un collégien, amené là par le hasard, dieu des joies amoureuses. Les fondateurs du club, derniers occultistes, se sont réunis pour la première fois au début de la Restauration. Et depuis lors, de pères en fils, l’association s’est perpétuée sous l’égide double de l’amour et de la liberté. Certain poète a déploré jadis que la société n’ait pas été fondée aux derniers jours de l’ère ancienne. On aurait pu de la sorte recueillir et le sperme du Christ et celui de Judas puis, au cours des siècles, celui de Charles Stuart d’Angleterre, celui de Ravaillac et les larmes corporelles de Mlle de Lavallière sur la route de Chaillot au trot sensuel des chevaux qui traînaient son carrosse et celles de Théroigne de Méricourt sur la terrasse des Feuillants et les spermes admirables qui coulèrent aux années rouges sur les estrades révolutionnaires aussi sûrement que le sang auquel ils se mélangèrent. Un autre regretta toujours la perte du divin breuvage que dut être le Malvoisie dans lequel un duc de Clarence fut noyé.
Les membres du club aiment la mer. L’odeur phosphorée qui s’en dégage les grise et, parmi les débris des grèves, épaves de navires, arêtes de poissons, reliquats de villes submergées, ils retrouvent l’atmosphère de l’amour et ce halètement qui, à la même heure, témoigne à notre oreille de l’existence réelle d’un imaginaire, pêle-mêle avec le crissement particulier du varech qui se dessèche, les émanations de ce magnifique aphrodisiaque l’ambre marine, et le clapotis des vagues blanches contre le sexe et les cuisses des baigneuses au moment précis où, atteignant enfin leur ceinture, elles plaquent le maillot contre la chair. Depuis combien de temps Sanglot buvait-il ? La nuit tomba ! Un nombre considérable d’ampoules brisées gisait à ses pieds à l’apparition de la première étoile, depuis celle en verre blanc du Sénégalais jusqu’à celle jaune des Esquimaux dont l’essence ne supporte pas la lumière du jour, habitués qu’ils sont à n’aimer que durant les six mois de ténèbres polaires…

(suite et fin sur wikisource, tiré de l’ouvrage La liberté ou l’amour)

A lire également :

    Aucun résultat

2 commentaires

Poster un commentaire

Subscribe without commenting