Comme vous, du moins c’est ce que l’on peut supposer, j’aime rire. Et depuis la nuit des temps quoi de plus drôle que les blagues de cul, les histoires piquantes et les anecdotes où le sexe occupe la première place? Or, considérant ainsi la nature humaine, nous ne pouvons que nous réjouir de vivre à une époque où l’Eglise ne censure plus à tout va; enfin il nous est possible de prononcer en public ces dignes mots de la langue française: bite, cul, nichons, prout, caca, sodomie, partouze, coït géant, et j’en passe et des meilleures.

Mais voilà, l’émergence du numérique semble présenter pour les pauvres diables assoiffés de mœurs libérés que nous sommes, des avancées bien contrastées. A l’heure où tout un chacun peut télécharger -librement- illégalement plusieurs millions de méga-octets pornographiques, voilà que la censure sévit sur les i-phones! Mille dieux! Apple n’aime pas rire, si par malheur vous vouliez visionner avec votre i-phone dernier cris quelques belles poitrines, ou quelques charmantes jeunes filles posant en petite tenue pour votre plus grand plaisir, et beh non, dommage , vous ne pouvez pas, car les applications sont systématiquement censurées s’il elles comportent un contenu apte à exciter votre imagination. Voyez telle lecture jugée trop pernicieuse (le livre concerné contenait le mot « fuck »), ou encore telle application qui aurait pourtant certainement contribué au bien commun.

Troublé par ces décisions, j’y vois une atteinte flagrante à la littérature, car qu’y a-til de plus intéressant à lire que les scabreuses inventions de nos pères -Pétrone, Apulée, Boccace, Denis Diderot, Donatien-Alphonse-François de Sade-, n’êtes vous pas inquiets d’une telle inquisition? Qu’en sera-t-il de mon Rabelais, qui lui pourtant nous semble si sage? Pourrais-je le lire sur mon i-phone? Je cherche et ne trouve nulle part ce malsain « fuck » qui vaut à nos contemporains une si injuste censure. Mais jugez par vous-même; quoi de plus puritain que Pantagruel ou Gargantua? Lisez, et dites moi; devrait-on interdire l’étude de nos classiques sur les i-phones?

(Voici un extrait du Pantagruel que je traduis pour ceux qui auraient peur de la langue du XVIe)

la vieille

la vieille

Au temps que les bestes parloient (il n’y a pas troys iours) ung pouvre lyon par la forest de Biere se pourmenant & disant ses menus suffrages passa par dessoubz ung arbre auquel estoit monté ung villain charbonnier pour abattre du boys. Lequel voyant le lyon, luy getta la coignée, & le blessa enormement en une cuysse. Dont le lyon cloppant tant courut & tracassa par la forest pour trouver ayde, qu’il rencontra ung charpentier, lequel voulentiers regarda la playe, et la nettoyat le mieulx qu’il peust, & l’emplyt de mousse, luy disant, qu’il esmouchast bien la playe, que les mousches ne y cuyllassent point, attendant qu’il yroit chercher de l’herbe au charpentier. Ainsi le lyon guery, se pourmenoit par la forest, à quelle heure une vieille sempiternelle ebuschetoit et amassoit du boys par ladicte forest, laquelle voyant le lyon venir, tumbat de peur à la renverse de telle façon, que le vent luy renversa la robbe, cotte, & chemise iusques au dessus des espaules. Ce que voyant le lyon, accourut de pitié, veoir si elle s’estoit point faict mal, & consyderant son comment à nom? dist. O pouvre femme, qui t’a ainsi blessée: et ce disant, apperceut ung regnard, lequel il appella, disant. Compere regnard, hau ça ça, & pour cause.

Quand le regnard fut venu, il luy dist. Compere mon amy, l’on a blessé ceste bonne femme icy entre les iambes bien villainement & y a solution de continuité manifeste, regarde que la playe est grande, depuis le cul iusques au nombril mesure quatre, mais bien cinq empans et demy: c’est ung coup de coignée, ie me doubte que la playe soit vieille, pourtant affin que les mousches n’y prennent, esmouche la bien fort, ie t’en pry, & dedans & dehors, tu as bonne quehue & longue, esmouche mon amy, esmouche ie t’en supply, & ce pendant ie voys querir de la mousse, pour y mettre. Car ainsi nous fault il secourir & ayder l’ung l’autre, dieu le commande. Esmouche fort, ainsi mon amy esmouche bien: car ceste playe veult estre esmouchée souvent, autrement la personne ne peult estre à son ayse. Or esmouche bien mon petit compere, esmouche, dieu t’a bien pourveu de quehue, tu l’as grande et grosse à l’advenant, esmouche fort & ne t’ennuye point, ie n’arresteray gueres.

Puis s’en va chercher force mousse, & quand il fut quelque peu loin il s’escrya parlant au regnard. Esmouche bien tousiours compere, esmousche, & ne te fasche iamais de bien esmoucher, par dieu mon petit compere ie te feray estre à gaiges, esmoucheteur de la reyne Marie ou bien de dom Pietro de Castille. Esmouche seulement, esmouche et riens plus.

Le pouvre regnard esmouchoit fort bien & deça & delà & dedans & dehors, mais la saulve vieille vesnoit & vessoit puant comme cent diables, & le pouvre regnard estoit bien mal à son ayse: car il ne sçavoit de quel cousté se virer, pour evader le parfum des vesses de la vieille: & ainsi qu’il se tournoit il veit qu’il y avoit au derriere encores ung aultre pertuys, non pas si grand que celluy qu’il esmouchoit, dont luy venoit ce vent tant puant & infect. Le lyon finablement retourne portant plus de troys balles de mousse: commença en mettre dedans la playe, à tout ung ung baston qu’il aporta, et y en avoit ià bien mys deux balles & demye, & s’esbahyssoit que diable ceste playe est parfonde, il y entreroit de mousse plus de deux charretées, et bien puisque dieu le veult, et tousiours fourroit dedans.

Mais le regnard l’advisa. O compere lyon mon amy, ie te pry ne metz pas icy toute la mousse, gardes en quelque peu, car il y a encores icy dessoubz ung aultre petit pertuys, qui put comme cinq cens diables. Ien suis empoisonné de l’odeur tant il est punays.

  
le renard

le renard

Au temps où les bêtes parlaient (il n’y a pas trois jours) un pauvre lion se promenant dans la forêt de Biere et récitant ses prières passa sous un arbre dans lequel était monté un vilain charbonnier pour abattre du bois. Celui-ci, voyant le lion, lui jeta sa hache et le blessa énormément à la cuisse. Alors le lion, clopinant courut tant et si bien à travers la forêt pour trouver de l’aide qu’il rencontra un charpentier, qui accepta de regarder la plaie, et la nettoya du mieux qu’il pu en la remplissant de mousse, lui disant qu’il esmouchait bien la plaie pour que les mouches ne s’y mettent pas pendant qu’il irait chercher de l’herbe. Ainsi guéri, le lion se promenait par la forêt à l’heure où une vieille découpait du bois. Quand elle vit le lion venir, elle tomba de peur à la renverse de telle façon que le vent lui renversa la robe jusqu’au dessus des épaules. Voyant cela, le lion accourut pris de pitié pour voir si elle ne s’était pas fait mal, et en regardant son comment dit-on déjà? Il dit: Ô pauvre femme, qui t’a ainsi blessé? En disant cela, il aperçu un renard. Il l’appela et lui dit: Compère renard, vise un peu ça, là.
Quand le renard fut venu, il lui dit: Compère mon ami, on a blessé cette bonne femme ici entre les jambes bien vilainement et il y a une solution évidente, regarde comme la plaie est grande, depuis le cul jusqu’au nombril, elle mesure bien cinq empans et demi: c’est un coup de hache, je pense que la plaie est bien vieille. Pourtant, afin que les mouches n’y prennent, esmouche la bien fort, je t’en prie, et dedans et dehors, tu as une bonne queue bien longue, esmouche mon ami, esmouche je t’en supplie, pendant ce temps je vais chercher de la mousse pour en mettre. Car c’est ainsi qu’il nous faut la secourir l’un et l’autre, Dieu le commande. Esmouche fort mon ami, esmouche bien: car cette plaie veut être esmouchée souvent, autrement la personne ne peut être à son aise. Esmouche bien mon petit compère, esmouche, Dieu t’a bien pourvu de queue, tu l’as grande et grosse devant, esmouche fort et ne t’ennuie point, à ta place je n’arrêterais guère. Puis il s’en va chercher beaucoup de mousse, et quand il fut un peu plus loin il s’écria en direction du renard. Esmouche bien toujours compère, esmouche et ne cesse jamais de bien esmoucher. Par Dieu mon petit compère, je te ferais esmoucheteur de la reine Marie ou bien de dom Pietro de Castille. Esmouche seulement et rien de plus.
Le pauvre renard esmoucha fort bien, et en dessous et au dessus, dedans et dehors, mais la vieille pissait et chiait puant comme cent diable, et le pauvre renard était bien mal à l’aise: car il ne savait de quel côté se mettre pour évacuer le parfum des merdes de la vieille. Et alors qu’il se tournait, il vit qu’il y avait derrière encore un autre trou, pas aussi grand que celui qu’il esmouchait, mais c’est de là que lui venait ce vent si puant et infect. Le lion finalement revient, portant plus de trois balles de mousse. Il commença à en mettre dans la plaie, et comme il en avait déjà mis deux et demi il restait ébahi: que diable, cette plaie est profonde, il y entrerait plus de deux charrettes, et bien, puisque Dieu le veut. Et toujours il en fourrait dedans.
Mais le renard l’avisa: Ô compère lion mon ami, je te prie, ne mets pas ici toute la mousse, gardes en quelque peu, car il y a encore ici un autre petit trou qui put comme cinq cent diables. J’en suis empoisonné de l’odeur tant il est puant.

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