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Retour aux bûchers et à l’inquisition

Les prêtres sont tous pédophiles, c’est bien connu. Et les chrétiens, plus précisément les catholiques sont bien évidemment coupables de suivre de tels criminels. Une seule solution parait sensée pour éradiquer une telle vermine : le bûcher ! Et pour être bien certain que personne n’en puisse réchapper, n’oublions pas une inquisition en règle afin d’exterminer cette dangereuse engeance de papistes idôlatres pervers.

Je force peut-être un peu le trait, mais c’est, grosso-modo, ce qui ressort du discours actuel des médias. Et pas seulement des médias, mais également ce que répètent à l’envie la grande majorité des personnes ayant eu vent des “récents” scandales concernant des prêtres pédophile, c’est à dire presque tout le monde.

Il est saisissant de constater que la plupart des gens biens intentionnés, pour citer Brassens, ce cher bouffe-curé, semblent perdre toute capacité cognitive dès que le mot “église” est prononcé. Qu’on évoque la religion et un ricanement moqueur se voulant certainement spirituel accueille presqu’irrémédiablement celui ayant eu l’indécence de soulever le sujet. Point n’est besoin de réfléchir une seconde pour lancer l’hallali sur l’imbécile cherchant non pas même à défendre l’église mais simplement à essayer de comprendre ou de relativiser. Mais où donc est passé le recul nécessaire à toute analyse que j’avais pourtant l’habitude de trouver chez la majorité de mes interlocuteurs ?

Vous l’aurez probablement compris à la lecture de cette introduction si vous ne le saviez déjà, je suis catholique. Pourtant, je ne suis pas pédophile ! Et comme tout le monde, de tels comportements m’écoeure profondément ! Mais la façon dont sont traités ces informations, et celle dont réagit tant de monde m’afflige tout autant.

Personne n’a pris la peine d’analyser la proportion de prêtres pédophiles par rapport à d’autres populations. Combien y a-t-il de problèmes similaires dans les écoles par exemple ? Pourquoi ce dossier n’est-il pas soulevé ? Quelqu’un a-t-il pris la peine de mentionner que l’écrasante majorité d’abus sexuels sur mineurs a hélas lieu dans la famille et l’entourage immédiat ?

Le Pape, aussi décrié soit-il, a pris la décision courageuse de faire la chasse aux brebis galeuses et de ne pas les “protéger”. Il est donc probable que d’autres scandales éclatent encore. Si seulement dans les familles, les écoles, etc, cette attitude était suivie… Dans combien de familles le scandale éclaterait ?

La pédophilie, il me semble, peut se résumer à une déviance sexuelle dont la satisfaction est rendue possible par une position d’autorité envers des enfants. Elle concerne donc plus facilement des personnes ayant une position de pouvoir. Je me trompe peut-être mais il est très récent que l’on considère l’enfant comme une personne à part entière. Jusqu’alors, il appartenait (dans tous les sens du terme) à ses parents de l’éduquer. La déclaration des droits de l’enfant ne date que de 1959. Ce qui ne veut pas dire pour autant qu’elle ait été immédiatement appliquée (ni qu’elle le soit encore à l’heure actuelle). Cela n’excuse en rien la pédophilie mais devrait aider à comprendre que dans toutes les couches de la société, elle n’ait été au mieux qu’un secret honteux à cacher et non un crime. Il a fallu bien longtemps aux mentalités pour évoluer…

Un chrétien pas plus que quiconque ne peut approuver la dissimulation dont a fait preuve l’église par rapport à quelques prêtres criminels. Mais il faudrait peut-être admettre enfin que c’est également ce qu’à fait l’école publique. Et également dans les familles : qui ne connaît pas personnellement au moins une personne ayant eu à subir dans son enfance des attouchements sexuels de la part d’un proche ? Les coupables ont-ils pour autant étés condamnés ?

Il y a une grande hypocrisie dans la façon dont est traité actuellement le scandale des prêtres pédophiles. L’église sert un peu trop facilement de bouc-émissaire. Pourquoi cette haine ? Imaginez les réactions indignées que susciterait un tel traitement médiatique s’il s’agissait d’imams ou de rabbins qui étaient impliqués. Ne trouverait-on pas révoltant des amalgames aussi grossiers ?

Il est triste de vilipender une communauté toute entière au regard des erreurs (horreurs ?) d’une infime minorité de ses membres. Une telle attitude est généralement l’apanage des extrémistes de tous poils. Je ne comprends pas comment autant de gens peuvent si facilement verser dans de tels travers dès qu’il s’agit de l’église. Quelle peur peut bien susciter une telle agressivité ?