La scène médiatique a vu ces derniers jours la tentative d’éviction de Pierre Bellanger de son poste de directeur général de la radio Skyrock et la tournée des plateaux de Robert Ménard à l’occasion de la sortie de son livre Vive Le Pen ! coécrit avec Emmanuel Duverger.

A l’occasion de ces deux événements on a entendu parler de défense des libertés et tout spécialement de liberté d’expression.

Dans le cas de « l’affaire Bellanger » les mots ne font pas illusion, la décision d’Axa Equity de limoger le fondateur de Skyrock ne reposait uniquement que sur des critères commerciaux. Cette histoire pourrait ressembler à celle du film Wall Street d’Oliver Stone si l’argument fallacieux de la liberté de parole menacée avancé par Pierre Bellanger n’avait pas trouvé un écho aussi important dans une partie de la jeunesse (600 000 personnes sur le groupe de soutien Facebook) et si les politiques n’avaient pas été aussi nombreux à apporter leur soutien au directeur momentanément déchu.

A en croire le phénomène, plus d’un demi million d’individus ont cru que le siège de DG de Skyrock constituait un véritable enjeu.

N’ayant pas lu son ouvrage je ne connais pas en détail les positions de Robert Ménard : cependant de ses interviews je retiens trois idées.

La première est que la liberté d’expression se mesure aujourd’hui à la latitude laissée par les médias aux idées d’extrême droite.

L’autocensure et le conformisme des journalistes des médias de masse constituent la deuxième, le dernier thème étant la judiciarisation des débats politiques et sociaux engagée par une partie du monde associatif.

A mon avis les problèmes soulevés sans être révolutionnaires ne manquent pas d’intérêt.

Concernant le premier point il me semble que l’on aborde un problème de culture politique même si il touche la liberté d’expression par ricochet. La fin de la Seconde Guerre Mondiale a vu naître, en France, un très large consensus de rejet des idées d’extrême droite, ce rejet a été énormément nourri de la découverte des crimes des régimes fasciste et nazi et de leur identification avec l’envahisseur. L’absence de conflit direct (sur le sol métropolitain) avec un régime d’extrême gauche et l’image de libérateur que Staline conservera jusqu’aux révélation du XXème Congrès de 1956 (le jour de l’annonce du décès du petit père des peuples en 1953 la chambres des députés fît une minute de silence (1) a contribué à atténuer ou masquer les crimes des régimes d’extrême gauche.

Cela a abouti, dans l’opinion, à une asymétrie des rejets de l’extrême droite et de l’extrême gauche. On peut prendre la mesure de cette asymétrie en comparant les protestations qu’ont entraîné le régime d’Augusto Pinochet au Chili et celles contre la politique de Fidel Castro à Cuba qui trouve encore aujourd’hui des défenseurs dans la classe politique française, ou encore en observant la quasi absence de repentance des ex-maoïstes malgré l’ampleur des crimes perpétrés lors de la Révolution Culturelle. Ce déséquilibre s’est naturellement répercuté sur les médias.

Il semble que sur ce premier point le fond du problème ne soit pas tant la présence des idées d’extrême droite que la balance de nos aversions.

Je ne m’attarderais pas sur le deuxième point, cependant il me semble utile de rappeler que ni Eric Zemmour, Eric Brunet ou Michel Godet, et encore moins Robert Ménard ni Ivan Rioufol ne sont des perdreaux de l’année, la montée de leur visibilité médiatique et de la véhémence de leurs discours s’est accompli durant la progression de Nicolas Sarkozy. L’ascension de ces journalistes ou chroniqueurs a accompagné le durcissement de ton de la classe politique tout particulièrement à droite. Leurs discours sont loin d’être transgressifs en grande partie parce qu’ils ne font que refléter des idées et des stratégies du pouvoir.

La dernière question semble la plus intéressante, en effet la judiciarisation des débats est un enjeu majeur de notre société.

La montée du Front National durant les années quatre vingt ont amené les législateurs a créer des lois mémorielles dont la première fut la loi Gayssot votée en 1990, ces lois reconnaissent légalement des faits historiques ou sanctionnent des propos contredisant la vérité de ces faits. Tandis que la progression du sentiment communautaire et des comités antiracistes a eu pour conséquence d’inciter un certain nombre d’associations à attaquer des personnalités publiques pour leurs déclarations.

Le cas du député Christian Vanneste constitue un exemple frappant, il fut assigné en justice pour ses propos sur l’homosexualité tenues en 2005 alors que jusqu’ici la libre parole des parlementaires français était une tradition de la République, condamné en première et seconde instance le jugement d’appel fut cassé par la Cour de Cassation sans renvoi (2).

Sensée protéger les « minorités » la judiciarisation des débats pose de sérieux problèmes.

D’abord elle alimente les fantasmes d’« histoire officielle » et de « police de la pensée » des milieux extrémistes.

Mais surtout elle réduit le champs des débats en donnant la responsabilité de leur filtrage entre les mains des parlementaires et de structures associatives, si la le suffrage universel peut légitimer les premiers, en revanche, on peut très raisonnablement mettre en cause la légitimité d’associations ne présentant aucune garantie de représentativité de gérer la liberté d’expression.

De mon point de vue la perspective de limite du débat même posée par une assemblée légitime n’est pas une solution souhaitable, il me paraît préférable de donner le filtre aux citoyens. En effet la sanction populaire me semble plus efficace que la sanction judiciaire.

Seulement, ce choix est de loin le plus exigeant, car il a besoin de s’appuyer sur une culture du débat. Cette culture existe dans les pays anglo-saxons, les États unis constituent un exemple de cadre institutionnel de protection de la libre expression puisque le premier amendement de la Constitution américaine datant de 1791 assure la liberté d’expression (3) ; cependant cette liberté a généré une culture de la sélection car toutes les idées pouvant circuler librement, l’esprit critique est très souvent sollicité car on trouve vraiment tout et n’importe quoi de façon indistincte (Ne vous est -il jamais arrivé de tomber sur une traduction d’un livre américain de constater son cruel manque de rigueur et de vous dire qu’il n’aurait jamais pu être écrit par un Français?).

Au delà de ces problèmes, une question de taille se pose: celui du périmètre du débat ; aussi bien Pierre Bellanger que Robert Ménard semblent l’envisager comme la joute de quelques uns écoutée et/ou regardée par des millions d’autres. Un nombre de débatteurs réduit écouté par un très grand nombre répond à une dynamique verticale dans laquelle la discussion est un spectacle. Cette vision tend à mettre le débat hors de portée du citoyen relégué au rang d’auditeur.

Or, le nombre de protagonistes d’un débat d’ampleur conditionne sa crédibilité tout autant que la force des arguments utilisés.

Pour redonner une horizontalité au débat il faut changer sa représentation, celui ci fait aujourd’hui l’objet d’une mise en scène dans lequel l’esthétique ainsi que la « dramaturgie de l’antagonisme des opinions » prennent le pas sur le fond et l’argumentation, et présentent les idées comme un bien de consommation mis en valeur par la vitrine-spectacle.

Il s’agit aujourd’hui d’envisager le débat comme un espace de partage et de participation, sans en exclure la dimension antagoniste (Un beau combat n’est il pas un moyen de partager?), mais aussi comme un moyen de recherche qui par le biais argumentaire permet d’acquérir et de mettre en commun des connaissances.

Ce changement n’est possible que si l’on prend en compte en plus de la liberté juridique, la liberté technique, en d’autre termes la capabilité (4). Celle ci étend le champs de la liberté d’expression à la compréhension de l’auditeur et aux moyens dont il dispose pour débattre. La capabilité du discours recouvre classiquement à la fois les éléments de construction du discours, la connaissance du sujet, mais également la manière d’envisager et de gérer la contradiction.

Ce point de vue peut sembler angélique tant la qualité du discours semble incompatible avec un nombre important de participants. Cependant il faut se rappeler que, sans évoquer les rapports sociaux, les moyens techniques pré internet ont toujours imposé la verticalité du débat et a créé une culture de délégation de la pensée qui a au final a abouti à la fois à l’établissement d’un discours simpliste destiné aux masses, et à un désintérêt d’un grand nombre de citoyen.

Les efforts nécessaires à cet apprentissage ne seront consentis que si chacun prend conscience qu’il peut s’approprier le débat et choisit de le faire, cette tendance semble prendre forme avec internet qui regorge de forums. Toutefois la plupart des plate formes sont occupées par des thèmes mineurs, et les interventions manquent souvent de rigueur dans leur élaboration.

Poser la capabilité du discours avec la liberté d’expression permet de dépasser l’aspect éthique de la question pour aborder le problème de son organisation et de sa nature.

Les progrès technologiques permettent une révolution potentielle qui ne se concrétisera que grâce à la culture de l’exigence.

 

(1) http://fr.wikipedia.org/wiki/Fun%C3%A9railles_de_Joseph_Staline

(2) http://fr.wikipedia.org/wiki/Christian_Vanneste

(3) http://en.wikipedia.org/wiki/Freedom_of_speech_in_the_United_States

(4) http://fr.wikipedia.org/wiki/Capabilit%C3%A9

 

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6 commentaires

  • Santoro Garciels (4 comments), le 16 mai 2011

    Vous êtes-vous seulement relu avant de publier cet article? Vous tenez des propos consternants, émaillés qui plus est de nombreuses incorrections qui, bien loin de mériter la censure suscitent au contraire quelques remarques dont vous pourriez tirer profit. Vous semblez ignorer qu’il n’est en aucun cas besoin de rajouter un adverbe restrictif dans une négative exceptive (§3). Le forclusif en effet ne nécessite qu’un seul corrélatif. Mais outre ce solécisme, vous osez écrire « jusqu’aux révélation » et « la chambres des députés » dans une même phrase, au mépris des règles les plus élémentaires de l’orthographe. Veillez d’autre part à bien fermer vos paranthèses, votre texte ne fera qu’y gagner en clarté. Mais je ne m’apesantirai pas davantage sur la forme, vous laissant tout le loisir de reprendre dans le détail les diverses incongruités langagières de votre discours lorsque vous en aurez le temps (et il vous en faudra!). Une fois que vous aurez évacué ces âneries, je vous suggère de travailler votre style, qui laisse à désirer…
    Je note que vous avez pris la peine d’annoncer ce qui ressemble à un plan, mais sans problématique cela n’est malheureusement d’aucune utilité, mais peut-être ignorez vous ce qu’est une problématique… Vos « idées » sont avancées sans argumentaire, au gré de remarques historiques dont on peine à saisir le véritable intérêt. Pensez-vous sincèrement que le fait d’actualité au sujet duquel vous exprimez votre opinion nécessite à tout prix mention du XXème Congrès de 1956? Mais plus consternant encore: vous appuyez l’essentiel de vos affirmations en laissant supposer que l’Histoire conduit linéairement, inéluctablement à vos conclusions, sans même prendre la peine de modaliser votre propos. Au risque de vous décevoir, vous n’êtes pas omniscient; l’opinion n’est pas une affaire de vérité mais d’interprétation. Voilà pour les questions de méthode, je ne prendrais pas la peine de commenter la fragmentation abusive de votre article, ni même les trop nombreux satifecit qui nuisent à la captatio beneuolentiae, cela prendrait trop de temps.
    Pour ce qui est du fond, il faut bien le dire, difficile de ne pas confronter votre soif de liberté d’expression et vos agissements sur ce blog. Comment pouvez-vous vous permettre de supprimer les commentaires de vos lecteurs sans risquer de vous discréditer complètement? Quippe irritauisti crabrones.
    De la lecture d’ensemble se dégage comme une odeur d’auto-suffisance insoutenable et à vrai dire, je doute que vos lecteurs prennent la peine de soutenir votre prétentieuse arrogance jusqu’à la dernière ligne. Et puis avez-vous seulement lu De primis socialismi germanici lineamentis apud Lutherum, Kant, Fichte, Hegel et Marx? Cela vous aurait été d’une grande aide, car votre démarche souffre d’un manque de profondeur tant sur la forme que sur le fond de plusieurs aspects rétrogrades, et malheureusement superficiels, liés à n’en point douter au déficit général dont votre verbiage se pare tel un monstre de langage sorti des flots nauséabonds d’on ne sait trop quel orifice, oral ou anal, à vrai dire peu importe puisque nul ne pourrait maintenant encore critiquer l’importance de cette étude de Jean Jaurès parue en 1892, alors que les décrets de Léopold II divisant l’État indépendant du congo en zones économiques provoquaient un tollé dans les rangs des chercheurs canadiens qui luttaient depuis déjà quelques siècles contre l’envahisseur Lilliputiens sans obtenir de résultat probant, ce qui fut certainement le principal motif invoqué par le Cardinal de Retz lors de son procès, en 1462, avant sa naissance donc, pour se défendre contre les attaques des représentants du lobbying européen en faveur de la liberté d’expression que l’on accorde généralement aux fous.
    In cauda scilicet venenum sed legere intelligenti pauca tibi non poteram.

  • hidalgo (119 comments), le 16 mai 2011

    J’ai dit AU PANIER!!!!
    ok….je sors…….

  • florent (47 comments), le 16 mai 2011

    Enfin une amorce de fond dans la critique.
    Certe mon correcteur connait quelques ratés, ma syntaxe est affreuse et mon style est à travailler, mais j’ai le mérite de proposer une analyse, même si elle est insuffisante à ton goût.
    Tu ne proposes un discours méthodologique pertinent et acide, merci, tu me permets de progresser.
    Je pense que tu sais faire la différence entre un concept et une gaminerie, je ne les mets pas au même niveau.
    Tu sais également que l’exercice est réducteur.
    Je réalise qu’avec tel que toi le callenge est élévé, je m’en réjouis d’avance…

    PS: Il me semblait important de faire référence au XXéme congrès qui constitue une rupture dans l’histoire de l’image de Staline.

  • florent (47 comments), le 16 mai 2011

    Le callenge car, par défi il arreté le H.

  • florent (47 comments), le 16 mai 2011

    Et, devenu fou, il occit le A.

  • Flattr-ages du mois de Mai 2011 | Le Codex Gnoufique, le 1 juin 2011

    [...] Vive Skyrock ! Vive Le Pen ! Le débat sur la liberté d’expression [...]

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