Frederic Mitterrand, bienvenu dans un monde de pirates

Frederic Mitterrand, bienvenu dans un monde de pirates

Hadopi, première du nom, est morte il y a quelques mois, assassinée par un conseil constitutionnel n’ayant visiblement aucune conscience des droits inaliénables des majors et maisons de productions.

Mais malgré cet échec cuisant, Nicolas Sarkozy, dont les accointances avec les plus grosses fortunes de notre pays ne sont plus à démontrer, ne pouvait pas s’avouer vaincu. Et Hadopi2 d’apparaître, avec pour objectif officiel la protection du droit d’auteur.

Si Hadopi1 avait fait couler beaucoup d’encre, Hadopi2 ne semble plus susciter autant d’intérêt. Il est vrai que tout téléchargeur boulimique sait pertinemment qu’il ne risque rien, les techniques permettant un flicage efficace de ses activités criminelles n’existant tout simplement pas.

L’on peut d’ailleurs raisonnablement supposer que les membres de notre gouvernement, quoiqu’effroyablement ignares au niveau technologique, sont tout de même suffisamment intelligents pour s’être correctement fait conseiller, et connaissent eux aussi l’inefficacité de leurs propositions de loi. Alors, pourquoi s’acharner ainsi ?

Comme cela a déjà été martelé ad nauseum, ces lois sont avant tout “pédagogiques”. En clair, l’on ne peut rien contre un internaute averti, mais le citoyen lambda, effrayé par la menace de sanctions pour le moins dissuasives, devrait peut-être stopper ses activités illégales. Et rien de tel que quelques exemples bien choisis pour marquer les esprits.

Mais tout cela n’est à mon avis que l’aspect “officiel” de toute cette affaire. Le but principal, bien plus insidieux, n’est pas de remplir les poches de sociétés de diffusion tel la FNAC sous couvert de mieux protéger les artistes, mais d’instaurer peu à peu une surveillance globale de l’internet français. Il suffit pour s’en convaincre de se remémorrer les pressions pour confier la surveillance des transferts de fichiers aux FAI, puis cette histoire de mouchard logiciel que tout internaute devrait installer sur son ordinateur pour prouver sa bonne foi en cas de litige avec l’hadopi, et plus récemment ce dernier point qui ma fait bondir : il serait question d’autoriser la surveillance des emails !

Je tiens à rappeller ici l’a teneur de l’article 12 de la Déclaration Universelle des droits de l’homme : “Nul ne sera l’objet d’immixtions arbitraires dans sa vie privée, sa famille, son domicile ou sa correspondance, ni d’atteintes à son honneur et à sa réputation. Toute personne a droit à la protection de la loi contre de telles immixtions ou de telles atteintes.

Qu’un gouvernement ose proposer une loi aussi liberticide sans que quiconque ne bronche est particulièrement symptomatique du profond malaise démocratique de notre pays. Je conçois sans difficulté que tout ce brouhaha médiatique puisse lasser, mais quand les libertés individuelles sont aussi impudamment bafouées, il devient urgent de réagir. Sous peine que notre belle démocratie, dont nous sommes si fiers, ne devienne peu à peu semblable à ces républiques bananières ou à ces gouvernements totalitaires que nous sommes si prompts à dénoncer.