Mitterand pirate!

Mitterrand pirate!

Et voici venir Hadopi 2, le retour! L’assemblée nationale fut hier le lieu de nombreuses jouxtes verbales ayant pour objet cette loi controversée (c’est peu dire), presqu’une copie piratée en bonne et due forme du précédent texte présenté par Christine Albanel. La nouveauté, que dis-je, le scoop, l’étoile de l’UMP, la star du gouvernement, c’est le grand Frédo Mitterrand! Enfin du spectacle, de quoi nous sortir du perpétuel ennui qui caractérise les débats entre députés. Lui au moins, il sait étaler sa confiture culture et ainsi montrer que son ministère lui sied comme un gant. Multipliant les références c’est ainsi qu’il cause de la légitimité d’une surveillance du net:
« Gygès était un simple berger d’Asie mineure qui, un jour d’orage, tomba soudain sur un anneau magique, doté du pouvoir de rendre invisible. La vie de Gygès n’était pas très amusante. Ce fut pour lui une chance inespérée. Il lui suffisait d’un clic et de tourner l’anneau pour disparaître. Gygès s’empara de ce fabuleux objet magique et, petit à petit, il perdit toute morale. Il en profita pour entrer dans le palais du roi, pour voler la femme du roi, pour assassiner le roi. La moralité de cette fable de Platon, c’est que la plupart des hommes ne sont justes que parce qu’ils sont visibles. Quand on est sûr de ne pas être pris, quand on peut disparaître d’un clic, alors c’est beaucoup plus facile de commettre des délits. »

Mais à bien l’écouter, je me pose une question: s’il se réfère à Platon pour défendre Hadopi 2, c’est donc qu’il l’a lu, non? (pour les curieux, le texte en question se trouve dans La République en 359d – 361d) Mais l’a-t-il bien lu? Là j’émets un doute. Soit que son grand âge lui cause quelques trous de mémoire, soit que sa mauvaise volonté le pousse à l’imprécision, peu m’importe, mais le résultat est là: il puise dans l’héritage antique de la civilisation grecque sans en restituer l’esprit. Et c’est grave!

Pris en faglrant délit de citation intempestive, je m’en vais de ce pas le réprimander, et en public afin que tous sachent de quelle hérésie se fait-il le garant. (non mais!) Sans m’appesantir lourdement sur le contexte philosophique de Platon (il cherche au début de La République à déterminer ce qu’ est le juste, si le juste est toujours préférable à l’injuste, et la thèse qu’il défend est que celui qui agit de façon injuste le fait par ignorance, et donc que c’est par intelligence que l’on agit de façon juste – c’est la thèse de l’intellectualisme moral, qui s’oppose à celle du volontarisme moral selon laquelle tout le monde connaît le bien et le mal et agit non pas en fonction uniquement de cette connaissance mais en fonction de sa volonté, libre de toute détermination antérieure -idée, soit dit en passant, affreusement absurde- ce qui conduit à admettre la gratuité du mal, c’est à dire que nous ferions le mal pour le mal, ce qui me semble beaucoup moins crédible que de dire que nous faisons le mal parce que nous sommes crétin, mais passons, tous dépend de l’ontologie, monisme ou dualisme, selon que l’on est spinozite ou cartésien, mais cela dépend aussi de notre manière de concevoir l’Un et le Multiple, si tant est qu’il soit identifiable puisqu’il est multiple…)

Je disait donc sans m’apesantir plus lourdement…, mais venons en aux faits: Platon n’est qu’un pirate, il a copié sur Hérodote, et à force de mixtures philosophiques il en dénature complètement la fable. Notons déjà que Mitterrand (Frédo de son petit nom) n’hésite pas défendre une loi piraticide en citant un vil gredin tel que Platon qui tout au long de son œuvre n’a cesser de copier ses prédécesseurs. Deuxièmement, si Frédo avait cité l’original qui se trouve chez Hérodote, on se serait un peu plus marré, et l’avenir du web aurait été sauf. Jugez par vous même ce que nous rapporte le père de l’Histoire (le texte se trouve dans le premier livre, intitulé Clio, de l’Enquête, ou Histoire selon les traductions, au paragraphe 8):

Candaule était éperdument épris de son épouse et pensait, dans sa passion, avoir la femme la plus belle qui fût au monde. Il était pénétré de cette idée, et, comme il avait parmi ses gardes du corps un favori, Gygès fils de Dascylos, confident de ses plus grands secrets, il lui vantait aussi sans mesure la beauté de sa femme. Peu de temps après – car il devait connaître le malheur – Candaule dit à Gygès: « Il me semble, Gygès, que tu ne me crois pas quand je te parle de la beauté de ma femme: les hommes ont moins de confiance dans leurs oreilles que dans leurs yeux. Eh bien fait en sorte de la voir nue. » Gygès se récria hautement: « Maître, que dis-tu là! Ce n’est pas raisonnable. Quoi! Tu m’ordonnes de voir nue ma propre souveraine? Mais quand une femme enlève sa robe, elle quitte en même temps toute sa pudeur! D’ailleurs, les hommes ont depuis longtemps trouvé les bons principes qui doivent nous guider, et voici l’un d’eux: chacun ne doit regarder que ce qui est à lui. Pour moi, je suis persuadé que ton épouse est la plus belle des femmes, et je te supplie de ne pas m’imposer un acte coupable. »
Par ces mots il cherchait à détourner le roi de son idée, car il craignait que l’affaire ne se terminât mal pour lui. Candaule lui répliqua: « rassure-toi, Gygès, tu n’as rien à craindre: ne crois pas que je cherche à t’éprouver; ne redoute rien non plus de la part de ma femme: j’arrangerai tout moi-même de telle façon qu’elle ne saura même pas que tu l’as vue. Je t’introduirais dans la chambre où nous dormons et je te placerai derrière le battant ouvert de la porte; dès que je serai dans la chambre, ma femme viendra se coucher aussi. Il y a une chaise près de la porte; c’est là qu’elle placera ses vêtements en se déshabillant, et tu auras ainsi l’occasion de la contempler tout à loisir. Quand elle ira de la chaise vers le lit et qu’elle te tournera le dos, alors, à toi de franchir la porte sans qu’elle te voie. »

La suite de l’histoire raconte que Gygès fut cependant vu par la reine, et que celle-ci lui proposa alors de tuer le roi pour prendre sa place. Rien de plus moral en somme. Bon, c’est vrai, on aurait pu imaginer plus croustillant comme histoire, mais qu’eusse été si Frédo avait ainsi fait l’apologie de l’exhibitionnisme et du voyeurisme! Non content de louer le piratage, « voyez le grand Platon… »(aurait-il dit), il aurait pu légitimer les sites de voyeurismes sur le net, « voyez cette pratique ancestrale, qui depuis Hérodote fait des émules… ». Mais mon fantasme ne s’arrête pas là, imaginez Sarkozy tout fier de la beauté de sa femme, la montrant toute nue à son ministre de la culture, qui séduirait alors Carla et s’emparerait du trône… Notre chef de l’état mériterait bien alors ce titre de trou du cul du web, qui lui est décerné par google.

Un commentaire

  • Gilles Misrahi (1 comments), le 23 juillet 2009

    Gygès c’est pas un footballeur ? Mais venons-en au fait : ils avaient l’air de bien se marrer du temps de Gygès. Eh, t’as vu ma femme et non mais c’est la mienne… Ca va beaucoup plaire à Montfermeil, Perros Guirec, Laons Le Saulnier. Y’a de la marge, c’est pas très connu mais Gygès, c’est bon comme truc à l’assemblée.

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