Rupert Murdoch, à l’occasion de la publication du dernier exercice de son groupe Newscorp (perte de 3,4 milliards de dollars), a annoncé que tous ses sites d’informations seraient dorénavant payant.

Il s’agit là d’une complête remise en cause du systême le plus couramment en vigueur sur internet : la gratuité de l’accès à l’information, les sites devant théoriquement se rentabiliser par la publicité contextuelle. Hélas, crise économique aidant, la part de la publicité en ligne ne cesse de fondre comme neige au soleil (-27 % au dernier trimestre pour TF1). Et les journaux multimédia peinent à trouver une stabilité financière.

De nombreuses alternatives au modèle gratuit, sur internet, existent : abonnement (la Une étant généralement gratuite), paiement pour la consultation des archives, subventions gouvernementales, appel aux dons, valorisation publicitaire des lecteurs soutenant le journal (voir le mur de Rue89), levées de fonds en attendant un modèle économique viable… Aucune solution ne semble aujourd’hui pérenne.

Pourtant, vendre du contenu que les internautes pourraient trouver gratuitement chez la concurrence semble pour le moins utopiste ! Murdoch réplique : “Qu’il soit possible de faire payer pour des contenus sur Internet est une évidence, vu l’expérience du Wall Street Journal”. Selon lui, un million d’abonnements à WSJ.com ont déjà été souscrit pour 100 dollars par an. Il sera également possible, dès cet automne, d’acheter des articles à l’unité. “Si nous réussissons, tous les médias feront comme nous…” prédit-il ambitieusement.

Ces déclarations ne sont pas, à mon avis, à prendre à la légère. Rupert Murdoch, 88ème fortune mondiale, a généralement une vision très juste et pragmatique de la manière dont se consomme l’information. Pour preuve, le rachat en 2005 de Myspace pour 580 millions de dollars. Ce site est maintenant estimé à 12,3 milliards de dollars, ce qui montre bien les capacités visionnaires de ce financier hors-pairs. La presse traverse une crise sans précédent et un modèle économique rentable doit impérativement apparaître, même si cela bouleverse nos habitudes de consommation.

Un vrai problème de fond se pose : l’accès à l’information est actuellement gratuit sur internet. C’est non seulement un fait, mais également une avancée fabuleuse dans l’histoire de la démocratie. Et j’imagine mal les internautes y renoncer. Il est d’autre part évident que le travail des journalistes doit être rétribué. Il me semble extrêmement dangereux pour la liberté de la presse, que les médias soient financés par les états, ce qui serait pourtant une solution. Afin de rémunérer les journalistes, il faudrait donc rendre à nouveau les journaux payants.

C’est une situation en apparence inextricable. La gratuité de l’information est probablement impossible à terme. Et même la solution d’un financement par la publicité, actuellement insuffisant, à en croire les déclarations des patrons de grands groupes de presse, pose à mon avis un vrai problème éthique. Comment donc se sortir de ce problème insoluble ?

Je pense que les médias traditionnels sont effectivement en train de mourir. Et qu’il est stupide, comme pour l’industrie musicale, d’essayer de les sauver. Ce modèle est périmé. Ce ne sont pas les journaux qui créent l’information mais les journalistes. Les journaux ne font que l’agencer et la diffuser.

Mais à l’heure d’internet, des flux RSS et de l’instantanéité des communications, tout un chacun peut comme il lui convient “éditorialiser” lui même son contenu, via notamment les aggrégateurs de flux RSS. Les journalistes, comme les bloggueurs, pourraient s’affranchir de toute dépendance envers un organe de presse institutionnalisé. Dès lors, les coûts de diffusion diminuant drastiquement, il me semble bien plus aisé de rentabiliser une telle diffusion de l’information. Par la publicité, par exemple, bien que je ne soit pas pleinement convaincu par ce modèle. Ou par un système d’abonnement. Je suis persuadé qu’un journaliste ou un bloggueur sérieux n’aurait aucune difficulté à fidéliser 10 000 abonnés, surtout si le prix mensuel est inférieur à un euro et que ce modèle commercial s’impose. Ce qui lui ferait un salaire plus que décent.

Cette vision du journalisme est bien évidemment extrêmiste et manque de subtilité, mais n’y a-t-il pas quelque chose à creuser ? Vos avis sur la question m’intéresse, n’hésitez pas à entrer dans le débat. Surtout si, par votre activité, vous êtes directement concernés.

3 commentaires

  • eMeRiKa (2 comments), le 6 août 2009

    Myspace est plutôt un échec pour Murdoch. Myspace participe d’ailleurs à plomber le résultat 2008 de Newscorp (118 millions de pertes ou quelque chose comme cela) et depuis le rachat le site est complètement en perte de vitesse.

    Je ne sais pas d’où sort cette estimation de 12,3 milliards de dollars, mais Facebook qui a largement dépassé Myspace n’est valorisé qu’à 4 ou 5 suite à sa dernière levée de fonds. De plus la plupart des revenus de Myspace viennent de l’accord publicitaire signé avec Google qui arrive à terme. Google a déjà annoncé qu’il sera renégocié sévèrement à la baisse.

    A mon humble avis, Myspace ne vaut même plus ces 580 millions de dollars… Qui achéterait si cher un site qui fait plus de 100 millions de PERTES !

  • links for 2009-08-07 — Chroniques du web, le 7 août 2009

    [...] Rupert Murdoch dénonce la gratuité des journaux sur internet Rupert Murdoch, à l’occasion de la publication du dernier exercice de son groupe Newscorp (perte de 3,4 milliards de dollars), a annoncé que tous ses sites d’informations seraient dorénavant payant. Il s’agit là d’une complête remise en cause du systême le plus couramment en vigueur sur internet : la gratuité de l’accès à l’information, les sites devant théoriquement se rentabiliser par la publicité contextuelle. (tags: medias presse internet économie modeleéconomique) [...]

  • George (169 comments), le 7 août 2009

    Merci pour ces précisions judicieuses.
    Je ne m’étais pas assez documenté (je me suis contenté de Wikipédia, je l’avoue) sur le cas de Myspace, et mon exemple est visiblement mal choisi.
    Cela ne change hélas rien au problème soulevé par cet article : quel avenir pour le journalisme en ligne ?

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